Alors
qu'à l'origine le dernier épisode de la saison cinq de la série
Columbo
avait été prévu comme le tout dernier puisque Peter Falk avait
prévu de rendre son tabli... imperméable, cinq mois après la
diffusion de La montre témoin sur
le réseau NBC
aux États-Unis, voilà qu'un nouvel épisode allait être diffusé
le 10 octobre 1976 sous le titre Fade in to
Murder
(chez nous, l’épisode sera visible deux mois plus tard le 08
décembre sous celui de Deux en un).
Pour ce retour finalement précipité de Peter Falk dans le rôle du
plus célèbre flic de la police criminelle de Los Angeles, Columbo
enquête sur le meurtre de l'agent artistique Claire Daley (l'actrice
Lola Albright), laquelle fait chanter l'acteur et star d'une série
policière Ward Fowler (William Shatner). Afin de se débarrasser de
cette gênante maître-chanteuse, l'homme se cache sous une épaisse
doudoune et sous un passe-montagne et la tue alors qu'elle se rend
dans une épicerie, faisant passer le meurtre pour un fait consécutif
à un braquage visant la recette journalière du propriétaire du
commerce. Afin de parfaire son crime, Ward Fowler a de fait, et bien
avant de commettre son meurtre, convié son ami Mark Davis (l'acteur
Bert Remsen) à assister à un match de base-ball chez lui et durant
lequel il lui a servi un verre d'alcool auquel il a ajouté un
somnifère. Méthode permettant au futur assassin de se construire un
alibi en modifiant l'heure affichée sur la montre de Mark. Le
meurtre accompli, Columbo débarqué, dépêché sur les lieux du
crime remarque rapidement qu'un détail ne colle pas avec la version
officielle. Ce petit détail qui comme cela est l'habitude dans la
série, va permettre au lieutenant de découvrir qu'il s'agit lÃ
encore d'un subterfuge pour mener les enquêteurs sur une fausse
piste. Incarné par l'un des mythiques acteurs de la série originale
Star Trek
qui entre 1966 et 1969 interpréta le rôle du célèbre James ''T''
Kirk au commandes du vaisseau Enterprise,
William Shatner campe un double-rôle. Tout d'abord celui de
l'acteur/assassin, mais également de son antinomique personnage de
fiction, le lieutenant Lucerne. Un flic de série policière
télévisée auquel le lieutenant va régulièrement se reporter,
demandant ainsi à son interprète de bien vouloir lui donner des
conseils et ainsi l'aider à résoudre le meurtre de Claire Daley.
Comme cela fut régulièrement le cas, notre lieutenant de police va
une fois encore côtoyer le monde de l'art. Après ceux du cinéma,
de la peinture ou de la littérature, voilà qu'il s'attaque Ã
l'univers de la télévision. Willian Shatner qui bien des années
plus tard réapparaîtra dans la série dans la peau de l'assez peu
sympathique Fielding Chase dans l'épisode Face Ã
face
(Butterfly in Shades of Grey)
incarne ici un acteur enjoué, égocentrique (un comportement
régulier chez nos acteurs!) mais dont la détermination failli au
travers d'erreurs grossières que n'auraient peut-être pas commises
certains des assassins que son personnage de fiction avait jusque lÃ
l'habitude d'interroger...
Après
avoir été confronté à l'interprète de l'une des pires
incarnations de l'univers de Star
Trek
l'année précédente dans l'épisode Question
d'honneur
(le tueur était en effet interprété par l'acteur Ricardo Montalban
qui avait interprété en 1967 à la télévision dans l'épisode
Space Seed
et quinze ans plus tard sur grand écran dans Star
Trek 2 : La colère de Kahn
l'antagoniste Khan Noonien Singh), voici que Columbo se frotte à un
tueur qui théoriquement connait toutes les ficelles lui permettant
de commettre le meurtre parfait. Mais comme toute série est le fruit
d'un esprit imaginatif et son histoire celui d'une fiction,
l'illusion ne dure qu'un instant dès lors que Columbo met la main
sur des faits indiscutables renvoyant à la culpabilité de Ward
Fowler. Ça n'est certes pas la première fois mais il est saisissant
dans le cas de Deux en un
de
voir combien le lieutenant Columbo est capable de sympathiser, voire
de s'attacher à l'homme (ou en d'autres occasions, la femme) autour
duquel il est en train d'insidieusement refermer ses griffes tout en
étant capable de le tromper à travers sa fausse gaucherie. À ce
titre, cet épisode est exemplaire. S'y confondent la fiction et la
réalité pour mieux happer et éclairer cette frontière qui sépare
le vrai du faux. Alors que le dernier épisode de la précédente
saison était marqué par une conclusion plus que discutable, les
éléments qui confondent le meurtriers ne le sont désormais plus du
tout. Le duo Peter Falk/William Shatner fonctionne à merveille et
s'avère fort réjouissant. Comme le sont également ces quelques
trouvailles permettant d'atayer l'alibi (prochainement deconstruit)
de l'assassin. S'il est de coutume que le tueur soit découvert Ã
travers quelques imperfections qu'il a dénié vérifier avant de les
corriger, dans cet épisode, au fond, terriblement ironique, leur
accumulation tente à prouver que l'on peut être l'excellent
interprète d'un flic de fiction tout en étant un pitoyable
assassin...
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