samedi 25 avril 2026

Columbo : Enough Rope de Don Richardson (1960)🚬 🚬

 


 

Dans l'imaginaire collectif, le lieutenant Columbo n'a été incarné que soixante-neuf fois à la télévision. Et autant de fois par un seul et même interprète, Peter Falk. Et pourtant, si l'on remonte très loin dans le temps, bien avant que l'acteur n'apparaisse pour la première fois sous les traits du plus célèbre policier de la brigade criminelle de Los Angeles dans l'épisode réalisé par Richard Irving en 1968, Prescription: Murder (Inculpé de meurtre), l'on découvre que l'homme au cigare et à l'imperméable froissé avait déjà fait une première apparition huit ans auparavant dans la série télévisée américaine anthologique The Chevy Mystery Show produite par la National Broadcasting Company (plus connue sous l'acronyme NBC). Une série d'une saison seulement, elle-même constituée de dix-huit épisodes dont un certain Enough Rope, lequel sera diffusé pour la toute première fois à la télévision américaine le 31 juillet 1960. Dans cet épisode dont le scénario est déjà l’œuvre des scénaristes Richard Levinson et William Link et dont la mise en scène a été confiée à Don Richardson (auteur, plus tard, d'épisodes des séries Le virginien, Perdus dans l'espace, Bonanza ou encore Arnie), ça n'est donc pas encore Peter Falk qui apparaît sous les traits de l'invétéré fumeur de cigares malodorants aux semelles de chaussures parfois abîmées, aux cheveux en bataille et au petit sac en papier de supermarché renfermant thermos à café et œufs durs ! Le rôle est interprété pour sa toute première apparition à l'image par l'acteur Bert Freed. Spécialisé dans les rôles de détective dans les années cinquante et soixante, il paraissait donc logique qu'il endosse le costume de celui qui allait devenir une véritable star du petit écran. Lorsque l'on découvre pour la toute première fois Enough Rope, une évidence s'impose immédiatement : ce court téléfilm d'un peu moins de cinquante minutes reposant très exactement sur le même scénario que le futur Prescription: Murder lui est infiniment inférieur à tous points de vue...


À commencer par l'incarnation de Bert Freed, justement. Dont les quelques répliques n'offrent pas au personnage la pleine mesure de ses capacités d'enquêteur chevronné. La faute à un script largement moins développé que la version de 1968. Ici, l'on découvre rapidement que certaines séquences de Prescription: Murder n'existent pas encore à l'heure où passe à la télévision Enough Rope. D'emblée, le téléspectateur est mis devant le fait accompli et comprend que la forfaiture à laquelle s'apprêtent à s'adonner le psychiatre Ray Flemming et sa maîtresse Susan Hudson sur la personne de Claire, l'épouse du docteur, est déjà acquise dès les premières secondes. Ici l'on est davantage devant une représentation théâtre filmée en live que devant un véritable téléfilm tourné en studio ou dans des décors naturels. Beaucoup de matière qui servira en 1968 à étayer le personnage de Columbo est déjà visible ici (référence à son épouse, stylo égaré, cigare au bord des lèvres). Cependant, la comparaison s'arrête là puisque la construction de l'intrigue n'est absolument pas comparable à celle que mettront au point Richard Levinson et William Link non pas en 1968 mais dès 1962, deux ans après la diffusion de Enough Rope à la télévision puisque le script évoluera afin de pouvoir être adapté sur les planches de théâtre à l'occasion d'une première cette année-là sous le titre Prescription: Murder. Notons d'ailleurs qu'elle aura traversé l'Atlantique puisqu'elle sera ensuite interprété en Europe et notamment en France sous le titre Meurtre sous prescription. Enough Rope demeure surtout un étonnant témoignage. L'arrivée sur petit écran d'un personnage de fiction qui allait ensuite devenir populaire un peu partout dans le monde et qui, au delà de sa riche carrière cinématographique allait faire de Peter Falk une véritable vedette de la télévision... Le court téléfilm de Don Richardson se regardera donc davantage comme une curiosité que comme le véritable lancement de la série Columbo...

 

mercredi 14 mai 2025

Le meurtre aux deux visages (It's All in the Game) 🚬 🚬🚬 🚬

 


 

Pour démarrer la treizième saison de Columbo, l'on retrouve au générique le réalisateur Vincent J. McEveety qui jusque là avait déjà mis lui même en scène Peter Falk face à des meurtriers dans quatre épisodes. Auteur d'épisodes souvent atypiques, il réalise avec Le meurtre aux deux visages (It's All in the Game) l'un des meilleurs de la seconde époque. Dans celui-ci, le célèbre détective de Los Angeles va avoir fort à faire avec une enquête plutôt complexe lors de laquelle il sera confronté à une très belle femme du nom de Lauren Stanton. Une criminelle incarnée sur le petit écran par la magnifique Faye Dunamay dont la célébrité s'est tout d'abord construite autour de Bonnie and Clyde d'Arthur Penn en 1967avant d'enchaîner une brillante carrière sur grand écran et sur plusieurs décennies. Le meurtre aux deux visages sera sa seule et unique occasion de se frotter à Peter Falk dans le rôle du lieutenant Columbo. Souvent séduit par les meurtrières de la série, Columbo semble ici parfois désarmé face à la grande beauté de Lauren Stanton, laquelle sait user de ses charmes pour tenter de l'envoûter et ainsi l'empêcher de mener son enquête dans les meilleures dispositions. Faye Dunamay vole ici quasiment la vedette à notre lieutenant préféré et l'on découvre un flic parfois presque gêné de devoir l'interroger. L'une des grandes idées de cet épisode est de cultiver l’ambiguïté chez Columbo. L'on ne cesse pas un seul instant de nous demander si tout n'est au font qu'un jeu dont l'objectif est en fait d'inverser les rôles (on a souvent et notamment connu le détective user de fausse modestie afin de tromper la plupart des criminels) ou si Columbo est tout simplement tombé sous le charme de la meurtrière. Ici, Faye Dunaway incarne une Lauren Stanton assassine. Qui avec l'aide de Lisa (l'actrice Claudia Christian) va fomenter le meurtre de Nick Franco (l'acteur Armando Pucci), amant charismatique de l'une... et de l'autre. Et c'est très précisément parce que les deux femmes se sont rendues compte qu'elles étaient manipulées par cet homme qui n'est finalement qu'un odieux gigolo qu'elles ont décidé d'en finir avec lui de la manière la plus brutale qui soit.


Écrit par Peter Falk lui-même, le scénario permet à l'acteur de s'offrir ''le beau rôle'' du flic séduit par une femme très belle et séduisante. Ce sera d'ailleurs pour l'acteur la seule occasion d'écrire le script d'un épisode pour la série. Les contacts physiques frontaux (genre, baisers sur les lèvres) sont assez rares chez Columbo. Et bien que de son propre chef il déposera un baiser sur la bouche de l'actrice Tyne Daly deux épisodes plus tard (Columbo change de peau), l'initiative est ici prise par Lauren Stanton. Les rôles tiers sont ici majoritairement secondaires, le scénario s'articulant presque exclusivement autour du principal duo. Même la complice Lisa en fera les frais en apparaissant dans un rôle finalement souvent accessoire. Au mieux, le barman Barnay (John Finnegan) apparaît ici dans une fonction de confident qui donne lieu à des séquences plutôt amusantes lorsqu'elles tentent d'apporter quelques éléments de solution quant à la véracité ou non des sentiments qu'éprouve le lieutenant Columbo envers la suspecte. Le scénario joue énormément sur cette ambivalence. Séduit, Columbo ? Pas sûr. Surtout lorsque plus tard il offre au barman la cravate que lui avait acheté Lauren ou lorsqu'il s’essuie méticuleusement les lèvres après qu'elle l'ait embrassé. Et même, lors de la toute fin lors de laquelle le lieutenant conclut le récit par une phrase qui ne laisse aucune espèce de doute quant à cette question : '' Qui a dit que je ressentais quoi que ce soit pour elle ? Barney, si tu crois tout c'qu'un lieutenant de police raconte, t'es le roi des idiots...''. Notons enfin qu'à l'image de l'excellent Quand le vin est tiré de Jeannot Szwarc diffusé dans le courant de la troisième saison, le dernier échange du meurtre aux deux visages entre le policier et la meurtrière fait sans doute partie des conclusions les plus émouvantes. D'autant plus que l'on y découvre un élément qui jusqu'à maintenant avait été secrètement gardé au chaud par le réalisateur et le scénariste...

 

lundi 30 décembre 2024

Columbo - personnages récurrents - Le sergent-détective George Kramer

 


 

Parmi les nombreux personnages qui sont apparus durant les soixante-neuf épisodes que compte la série Columbo, il en est qui ont participé à l'aventure à plusieurs reprises. Sans compter certains acteurs tels que Patrick McGoohan, Jack Cassidy ou Robert Culp qui interprétèrent eux-mêmes des assassins dans plusieurs épisodes, d'autres personnages récurrents firent régulièrement leur apparition. À commencer par le Sergent Détective George Kramer. Qui entre les saisons 4 et 9 apparu dans cinq épisodes. Le personnage est alors incarné par l'acteur Bruce Kirby qui avant d'endosser ce rôle interpréta tout d'abord celui de l'assistant de laboratoire Doug dans Adorable mais dangereuse en 1973. Puis survient pour la première fois à l'écran le Sergent Détective George Kramer dans Entre le crépuscule et l'aube, le troisième épisode de la quatrième saison. Laquelle l'accueille une nouvelle fois lors du sixième intitulé État d'esprit. La saison suivante le voit réapparaître à deux reprises. Tout d'abord dans l'épisode Jeu d'identité, puis dans La montre témoin. Enfin, sans être crédité au générique, le Sergent Détective George Kramer retrouve le chemin de la série pour une ultime apparition dans le téléfilm Columbo : Votez pour moi. Notons également que son interprète offrira ses traits dans le troisième épisode de la septième saison intitulé Meurtre parfait dans lequel il incarnera cette fois-ci le rôle d'un réparateur de télévisions ! Très apprécié par l'acteur Patrick McGoohan, Bruce Kirby côtoiera ce dernier à quatre reprises. En effet, la vedette de la série Le prisonnier aura interprété plusieurs des assassins de la série ou directement dirigé certains épisodes mettant en scène Bruce Kirby. 


Né Bruno Giovanni Quidaciolu le 28 avril 1925, il débute sa carrière sur le petit écran dans les années cinquante avec la série Studio One dans laquelle il interprète le rôle de MR. Merkle. Ses quinze premières années d'acteur, Bruce Kirby les passe donc à la télévision avant de se voir offrir son premier rôle au cinéma dans Catch-22 de Mike Nichols, en 1970. Acteur de second rôle, il est quasiment impossible d'avoir échappé à ce visage bien connu des téléspectateurs. Surtout dans le courant des années quatre-vingt qui le voit donc apparaître dans Columbo, mais également dans d'autres séries policières telles que Kojak, l'étonnante Holmes et Yoyo et bien sur La loi de Los Angeles dans laquelle il n'apparaît pas en tant que principal interprète mais en tant que personnage récurrent. Il y incarne effectivement le rôle du procureur Bruce Rogoff dans treize des cent-soixante dix épisodes que compte la série. Les spectateurs ne s'en souviennent peut-être pas mais Bruce Kirby apparaîtra notamment sur grand écran dans le chef-d’œuvre de Rob Reiner adapté d'une longue nouvelle de Stephen King, Stand by me en 1986. S'agissant de la série Columbo, son personnage apparaît donc plus ou moins régulièrement. Il n'y est ni le supérieur ni le subalterne de Columbo puisque les deux hommes partagent le même grade. Présent sur diverses scènes de crimes, il précède généralement ce dernier, offrant à notre fameux lieutenant les premières informations concernant la victime et les conditions dans lesquelles celle-ci a trouvé la mort. Bref, un personnage essentiel qui malgré son peu de présence à l'image apporte une véritable cohésion dans l'entourage du Lieutenant Columbo...

 

samedi 1 juin 2024

Portrait d'un assassin (Murder, a Self Portrait) de James Frawley (1989) 🚬 🚬 🚬

 


 

La neuvième saison de la série Columbo débute avec un épisode assez particulier intitulé Portrait d'un assassin (Murder, a Self Portrait) et réalisé par James Frawley. Le sixième et dernier pour ce cinéaste qui passa la majeure partie de sa carrière à tourner des œuvres pour le petit écran et donc pour la célèbre série policière puisqu'il réalisa lui-même trois épisodes lors de la première époque et trois autres durant la seconde. Portrait d'un assassin vient donc clore sa participation à travers l'un de ces épisodes qui ponctuellement sont sortis du schéma coutumier pour nous proposer des enquêtes inhabituelles. Ce premier des six épisodes de cette neuvième saison est d'ailleurs très significatif de l'orientation prise par la plupart d'entre eux. Dans le second intitulé Tout finit par se savoir et réalisé par Daryl Duke, le meurtre n'interviendra qu'à la toute fin de l'épisode. Dans L’enterrement de Madame Columbo de Vincent McEveety, le récit sera entrecoupé de nombreux flashbacks et tournera autour d'une femme qui aurait prétendument assassiné l'épouse de Columbo. Quant à Meurtre en deux temps de Walter Grauman, comme l'indique le titre français, le tueur incarné par Andrew Stevens manigancera l'assassinat de sa future épouse en deux étapes afin de se prémunir d'une quelconque responsabilité dans sa mort. Une saison qui donc dénote par rapport aux précédentes, ce qui n'est d'ailleurs pas forcément une bonne nouvelle. Et notamment concernant parfois le premier épisode Portrait d'un assassin dans lequel le lieutenant va se frotter à un célèbre peintre du nom de Max Barsini. Incarné par l'acteur belge Patrick Bauchau, celui-ci assassine son ancienne épouse, laquelle détient inconsciemment des informations liées à une tragédie passée ressurgissant lors de cauchemars dont elle témoigne du traumatisme auprès de son psychiatre et amant, le docteur Sidney Hammer (l'acteur George Coe) avec lequel elle a l'intention de refaire sa vie. Vivant jusqu'à maintenant auprès de Barsini, de la nouvelle épouse de celui-ci, Vanessa et de son modèle Julie, Louise est donc assassinée par le peintre, lequel craint que son ex-épouse ne fasse des révélations sur son douteux passé. Afin de se forger un alibi, Max Barsini propose à Vito, le propriétaire d'un bar où il a ses habitudes, de peindre le jour même à l'étage de l'établissement, une toile qu'il lui offrira ensuite. Comme cela arrive régulièrement dans la série, le tueur tentera d'amadouer le lieutenant Columbo.


Ne pouvant bien évidemment pas jouer de ses charmes auprès du détective le plus célèbre de Los Angeles, Max Barsini va lui proposer de poser pour lui. Dans cet épisode, l'enquête de Columbo repose en partie sur une technique qui demeure jusque là inédite. Récupérant les enregistrements effectués par le psychiatre lors des entretiens avec sa patiente et fiancée (interprétée par Fionnula Flanagan), le lieutenant découvre rapidement qu'ils sont liés à un événement passé qu'il va presque immédiatement raccorder à la mort de l'ancienne épouse de celui qu'il soupçonne. Comme dans tout bon épisode de la série, plusieurs éléments viendront étayer ses soupçons. Comme la présence au bord des lèvres de la victime de traces de peinture ou sur le chiffon qui servit à l'endormir du propre rouge à lèvres de Louise. Chiffon qui au demeurant appartient au peintre et ex-mari de la victime. Parmi les éléments de preuve, l'un d'eux demeurera d'ailleurs comme l'un des plus mémorables de toute l'histoire de la série. Du moins, l'un des plus remarquablement indémontables qu'ait mis à jour ce sacré lieutenant. Son approche assez particulière fait de Portrait d'un assassin un épisode qui détone avec l'ensemble des soixante-neuf qui constituent l'intégralité de la série. Étonnant quoique parfois relativement déstabilisant dans sa construction, James Frawley parvient malgré tout à maintenir un certain niveau d'intérêt pour cet épisode qui ressemble finalement assez peu à ce que l'on attend d'une enquête menée par le lieutenant Columbo. Notons la présence de l'acteur Vito Scotti qui entre 1973 et 1989 apparu dans six épisodes. Nous le découvrirons effectivement dans le rôle d'un maître d'hôtel dans le génialissime Quand le vin est tiré, dans celui d'un tailleur dans Candidat au crime, en employé des pompes funèbres dans Le chant du cygne, en sans domicile fixe dans Réaction négative, dans la peau de Salvatore Defonte dans Jeu d'identité et ainsi donc dans Portrait d'un assassin dans le rôle de Vito, le propriétaire du bar. Notons également la présence dans le rôle de l'épouse de l'assassin, Vanessa, de Shera Danese, qui outre sa présence elle aussi dans six épisodes de la série ne fut autre que la seconde épouse de Peter Falk avec lequel elle partagea sa vie jusqu'à la mort de ce dernier survenue le 23 juin 2011...

 

lundi 13 mai 2024

Grandes manœuvres et petits soldats (Grand Deceptions) de Sam Wanamaker (1989) 🚬 🚬 🚬

 


 

Quinze ans après l'excellent épisode Entre le crépuscule et l'aube réalisé par Harvey Hart et dans lequel notre bon vieux lieutenant Columbo était confronté au tyrannique Colonel Lyle C. Rumford (excellent Patrick McGoohan), un officiel de l'armée américaine dirigeant d'une main de fer une école militaire, l'on retrouve notre détective de Los Angeles à l'imperméable froissé et au cigare malodorant dans un univers similaire. En effet, dans le quatrième et dernier épisode de la huitième saison intitulé Grandes manœuvres et petits soldat (Grand Deceptions), Columbo est dépêché dans un camp militaire pour y constater la mort du sergent-major Lester Keegan (l'acteur Andy Romano) apparemment tué par accident lors d'une séance d'entraînement nocturne à laquelle participaient les nouvelles recrues. Tué par l'explosion d'une grenade, l'homme est retrouvé étendu sur le ventre alors qu'il vérifiait le bon fonctionnement des installations électriques. Très rapidement, le lieutenant soupçonne un meurtre. Quelques détails iront selon lui dans ce sens. Comme la présence de feuilles mortes sous le col de l'uniforme porté par la victime (le corps à effectivement été retrouvé dans la forêt où eut lieu l'opération de nuit). Le lieutenant soupçonne très rapidement le colonel Frank Brailie (l'acteur Robert Foxworth qui au cinéma fut notamment la voix de Ratchet dans la série de longs-métrages Transformers). Pourtant, l'homme semble avoir un alibi indéboulonnable. En effet, au moment où Lester Keegan mourrait, le colonel Frank Brailie était prétendument dans le salon de son supérieur, le général Padget (Stephen Elliot), pour l'anniversaire duquel il était supposé installer des centaines de figurines sur une maquette reproduisant un grand événement historique. Un aménagement qui devait lui prendre deux heures de son temps et ainsi rendre impossible sa présence à deux endroits différents. Mais connaissant notre lieutenant de police préféré, l'alibi du colonel Frank Brailie ne tiendra pas très longtemps...


Beaucoup moins connu chez nous que sur le territoire américain, l'acteur Robert Foxworth campe un colonel Frank Brailie plutôt efficace, adultère (il couche avec l'épouse du Général Padget, Jenny, qu'interprète de son côté l'actrice Janet Eilber) et ayant détourné de fortes sommes d'argent à l'origine réservées à des Fonds de projets spéciaux. On s'en doute, l'objectif du sergent-major Lester Keegan était donc de faire chanter le colonel. La victime était également au courant de la relation qu'entretenait celui-ci avec l'épouse du général Padget. Deux bonnes raisons, donc, pour se débarrasser de ce témoin particulièrement gênant... Décédé en 1993, soit seulement quatre ans après la réalisation de cet épisode, l'acteur et réalisateur Sam Wanamaker avait déjà mis en scène le troisième épisode de la sixième saison intitulé Les surdoués. Confiant cette fois-ci l'écriture au scénariste Sy Salkowitz, Grandes manœuvres et petits soldat est un sympathique épisode même s'il ne rejoint absolument pas le classement des meilleurs d'entre tous. L'épisode permet surtout d'assister à la touchante relation entre Columbo et ce vieux général cloué dans un fauteuil roulant qui ne soupçonne absolument pas la traîtrise de son subalterne ou l'adultère dont s'est rendue responsable son épouse. Si le scénario est plutôt intelligent, l'usage de subterfuges semblant être parfois un peu légers comme le nettoyage d'une trace de terre par le Colonel Frank Brailie dans la chambre de sa victime permet une fois de plus de montrer les performances et la grande intuition du lieutenant Columbo, très actif et minutieux dans sa recherche du détail qui fera toute la différence. Cette huitième saison se termine donc de manière plutôt élégante. Six mois sépareront Grandes manœuvres et petits soldat du premier épisode de la neuvième saison intitulé Portrait d'un assassin. Un épisode assez particulier comme nous le verrons dans un prochain article, réalisé par l'un des cinéastes les plus prolifiques que la série puisque James Frawley aura tourné lui-même six épisodes entre 1977 et 1989...

 

samedi 20 avril 2024

Fantasmes (Sex and the Married Detective) de James Frawley (1989) 🚬 🚬 🚬

 


 

Les meurtres commis par des femmes dans la série sont relativement rares si nous les comparons aux assassinats perpétrés par les criminels de sexe masculin. Sans compter celles qui ne firent que participer indirectement aux meurtres, à peine plus d'une douzaine de femmes se rendirent donc coupables d'homicides. Et parmi elles, le docteur Joan Allenby (l'actrice Lindsay Crouse), une célèbre sexothérapeute, amante de David Kincaid (Stephen Macht), qui un soir retourne à son cabinet après que le vol en avion qu'elle avait prévu de prendre pour Chicago ait été supprimé pour y découvrir l'homme qu'elle aime dans les bras de sa propre secrétaire. Cachée derrière une paroi en bois, elle assiste à travers les interstices à la relation sexuelle entre David et la jeune femme. Mais ce que supportera sans doute moins encore Joan seront les propos humiliants que tiendra son amant dans les bras de la secrétaire. Joan repart anéantie mais avec dans l'idée de se venger... Et oui, la raison invoquée dans cet épisode intitulé Fantasmes (Sex and the Married Detective) est toute bête. Fallacieuse, voire même injustifiable pourrions-nous considérer alors même qu'il lui aurait suffit de rendre la pareille à cet individu manquant très franchement de délicatesse et de subtilité. Afin de commettre son crime, la sexothérapeute organise une sortie en compagnie de David lors de laquelle elle va se grimer en noir et se faire appeler Lisa afin de devenir méconnaissable. Un jeu qui lui permettra de se cacher sous les traits d'une autre et lui servira à détourner l'attention des enquêteurs vers une femme qui en réalité n'existe pas. Une fois de plus, nous retrouvons à la mise en scène de cet épisode le réalisateur James Frawley qui revient tout juste après Ombres et Lumières dont il avait lui-même été l'auteur quelques mois auparavant. Si les femmes sont effectivement des meurtrières qui se font rares dans cette série constituée de soixante-neuf épisodes, les raisons invoquant les homicides sont par contre chez elles communes à celle qui implique le meurtre de l'amant du docteur Joan Allenby.


Ici, pas d'avarice. Juste une sensation de jalousie et un désir de vengeance qui vont prendre d'énormes proportions puisque la femme trahie ira jusqu'à tuer celui qu'elle aime. Des cas comme celui de Fantasmes il y en eu d'autres durant les dizaines d'épisodes qui constituèrent la série Columbo. L'un des plus remarquables demeurant sans doute Le meurtre aux deux visages et le cas de Lauren Stanton (incarnée par la sublime Faye Dunaway) qui lors de la treizième saison organisera le meurtre de son amant avec l'aide d'une jeune femme dont le lien avec la meurtrière nous sera dévoilé en cours de récit. Écrit par Jerrold L. Ludwig, le troisième et avant-dernier épisode de la huitième saison est accompagné par une partition musicale relativement sensuelle composée par le compositeur Patrick Williams. Une bande musicale qui participe au jeu de la séduction entre la meurtrière et le lieutenant Columbo. Fantasmes invoque en outre la thématique de la schizophrénie lorsque Joan commence à prendre l'habitude de s'habiller en noir et à se faire appeler Lisa. Un personnage beaucoup plus démonstratif en matière de sexualité et auquel l'héroïne offre un temps d'existence de plus en plus important. Le docteur Joan Allenby fait partie de ces personnages dont on aimerait presque pardonner leur acte même si au fond, tuer pour raison d'adultère peut paraître quelque peu excessif ! L'univers dans lequel est ici ''enrôlé'' notre lieutenant préféré change des cadres habituels et il va lui falloir garder toute sa concentration afin de dénouer le nœud de cette affaire très particulière dans les annales de la série. Fantasmes dénote une nouvelle fois la force de résistance mentale de Columbo pour lequel les tentations sont toujours aussi présentes. Mais en grand professionnel, il mènera son enquête jusqu'à son terme. Notons la fin assez touchante de cet épisode pourtant mi-figue, mi-raisin entre le policier et la meurtrière. Une conclusion que l'on pourrait de loin comparer à celles de Meurtre à l'ancienne de Robert Douglas ou celle de Quand le vin est tiré de Leo Penn...