Triste journée pour le
lieutenant Columbo dont l'épouse est décédée. Par un après-midi
de pluie, son entourage et lui assistent à l'enterrement de celle
que l'on n'a toujours connue qu'à travers les propos tenus
directement par le plus célèbre officier de la police criminelle de
Los Angeles. Parmi celles et ceux qui sont venus lui témoigner leur
amitié et lui présenter leurs condoléances se trouve Vivian
Dimitri (Helen Shaver). Sa présence aux obsèques intrigue. En
effet, alors que le prêtre fait une prière pour la défunte, la
jeune femme pleure... de joie ! Ayant tant attendu ce moment,
elle semble convaincue que Columbo va bientôt rejoindre sa femme...
Le récit exécute alors un retour dans le passé, quelques jours
auparavant, au moment même où Vivian Dimitri assassine son
employeur Charlton Chambers (Edward Winter) qu'elle soupçonne
d'avoir dénoncé son mari pour une affaire d'escroquerie ayant eu
lieu dix ans plus tôt. Condamné à la prison après avoir commis un
homicide, ce dernier est mort d'une crise cardiaque au bout de huit
ans d'incarcération alors qu'il ne lui en restait plus que deux à
effectuer. Après avoir échafaudé un alibi qu'elle croit pouvoir la
mettre hors de portée de toute suspicion de la part des enquêteurs,
son prochain objectif est tout d'abord de faire payer au lieutenant
qu'elle accuse de s'être acharné sur son mari en assassinant son
épouse. Viendra alors ensuite pour elle le moment de se débarrasser
de Columbo lui-même... Si la structure du quatrième épisode de la
neuvième saison de Columbo
intituléL'enterrement de Mme Columbo diffère
de la majorité des soixante-neuf que constitue la série, il n'en
est pas moins l'un des plus remarquables en terme d'écriture.
Constitué d'un très grande majorité de flash-back, le scénario de
Peter S. Fischer est d'une grande intelligence puisque entre la
machination orchestrée par la meurtrière et l'enquête menée de
manière relativement aisée par le lieutenant, cet épisode est en
outre l'occasion d'évoquer un point de vue qui n'a, me semble-t-il,
jamais vraiment été abordé dans la série depuis ses débuts :
les dommages collatéraux. En effet, autant l'on peut admirer le
travail de Columbo, son indéfectible instinct lorsqu'il s'agit de
jeter son dévolu sur le tueur alors qu'il n'a pas toujours d'emblée
d'éléments entre les mains, autant la série se désintéresse
généralement de ce que peuvent éprouver les proches du coupable
dans le temps, chaque épisode se concluant par l'arrestation de
l'assassin. Après cela ? Rien. Juste un générique de fin.
Ici, Vincent McEveety met en scène une meurtrière pour laquelle
l'on peut ressentir une certaine empathie. Une femme magnifique, mais
psychologiquement déséquilibrée...
Qui
ne s'est jamais remise de la mort de son époux, convaincue d'être
indirectement responsable de son décès puisque l'homme en question
s'était rendu coupable d'escroqueries afin que celle qu'il aimait ne
manque de rien. Incarnée par la sublime Helen Shaver, l'actrice est
notamment connue pour avoir joué dans Amityville,
la maison du Diable
de Stuart Rosenberg en 1979, dans La couleur de
l'argent
de Martin Scorsese en 1986 ou dans l'effrayant Envoûtés
de
John Schlesinger l'année suivante. Ici, la maîtrise de la
meurtrière n'est pas totale. Et bien que l'on apprenne qu'elle ait
mis deux ans pour mettre au point sa vengeance, très rapidement l'on
comprend que son alibi ne tient pas vraiment debout. Car après avoir
assassiné Charlton Chambers, Vivian s'empare de son porte-feuille,
part dîner au restaurant avec un amant (Ian McShane dans le rôle de
Leland St. John), le laisse quelques minutes pour officiellement se
repoudrer le nez mais pour en réalité retirer de l'argent avec la
carte bleue de sa victime, puis passe la nuit avec son amant, jusqu'à
deux heures du matin avant de retourner sur le lieu du crime et
remettre le porte-feuille de la victime dans sa poche... Et donc, si
le légiste constate la mort du défunt aux alentours de vingt-deux
heures, en théorie, rien ne doit contraindre le lieutenant de penser
que la jeune femme est la coupable. Pourtant, deux éléments
convaincront Columbo de sa culpabilité. Épisode à part, donc, un
peu comme Tout finit par se savoir
de Daryl Duke ou comme A chacun son heure
d'Alan J. Levi, L'enterrement de Mme Columbo
est surtout un épisode très poignant. Morose. Que l'on rangera dans
la même catégorie que celle qui accueille notamment l'épisode Le
meurtre aux deux visages que
réalisera à nouveau Vincent McEveety. Un épisode empli de
sensibilité. Où l'on comprend le sens des intentions de la
meurtrière même si on ne cherche pas à les justifier. Cet épisode
donne d'ailleurs lieu à une étrange relation entre les personnages
de Vivian Dimitri et du Columbo. Chacun manipulant l'autre. Ce qui
par contre différencie la meurtrière du flic et le ressentiment
mêlé de haine de la première vis à vis du second. Le final est
exceptionnel. Avec un Columbo au sommet de son art. Le lieutenant
menant la barque avec intelligence, le spectateur croit découvrir
enfin quelques éléments personnels propres à sa vie privée. Son
lieu d'habitation et surtout, le visage de son épouse. Et
pourtant...

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