vendredi 3 juillet 2026

À chacun son heure (No Time to Die) d'Alan J. Levi (1992) 🚬🚬🚬🚬

 


 

Dans la courte liste des épisodes qui sortent véritablement du lot, À chacun son heure (No Time to Die) d'Alan J. Levi demeure probablement celui qui échappe le mieux à l'habituelle rigueur scénaristique de la série. En effet, le déroulement de l'intrigue ne concernant plus le meurtre d'un homme ou d'une femme mais bien l'enlèvement d'une jeune mariée dont l'époux est le neveu de Columbo, cet épisode sort notre célèbre lieutenant de la police criminelle de Los Angeles de la routine. Pas d'assassinat et donc encore moins de tueur cynique, opportuniste, avide d'argent ou contraint de tuer par intérêt mais un individu sans doute encore plus inquiétant que tous ceux auxquels fut confronté dans le passé le lieutenant Columbo. Autre différence avec le reste des épisodes de la série : l'antagoniste et Columbo n'auront aucun rapport l'un avec l'autre. Aucun échange entre le flic et cet individu psychologiquement perturbé. Un type de personnage que l'on a généralement plus souvent l'occasion de découvrir dans des thrillers, voire même des films d'horreur et qui dans le cas présent se montre obsédé par la très jolie mariée Melissa Alexandra Hayes (l'actrice Joanna Going). Lorsque les festivités entourant le mariage de la jeune femme avec son mari le détective Andy Parma (Thomas Calabro) prennent fin, ils montent dans leur chambre d'hôtel. Tandis que Melissa s'apprête à se changer pour leur première nuit de jeunes mariés, Andy prend une douche. Mais à sa sortie, celui-ci constate que sa toute jeune épouse a disparu. Plus inquiétant encore, toutes ses affaires sont pourtant rangées dans l'armoire, l'une de ses chaussures traîne au sol et un coton imbibé de chloroforme est retrouvé parterre... Inquiet, Andy fait alors appel à son oncle afin de l'aider à retrouver Melissa... Parmi les interprètes secondaires, l'on retrouve notamment Donald Moffat qui dans le rôle de Sheldon Hayes incarne un riche homme d'affaire. Surtout connu pour avoir joué le rôle de l'androïde REM dans la série de science-fiction culte L'âge de cristal, il est en outre apparu au cinéma dans The Thing de John Carpenter et dans L'Étoffe des héros de Philip Kaufman...


Père de la mariée, on suppose tout d'abord que l'enlèvement précède probablement une demande de rançon. Habitué aux films policiers, l'acteur Dan Butler qui interprète ici le rôle du sergent Goodman a quant à lui notamment joué dans The Manhattan Project de Marshall Brickman, Manhunter de Michael Mann ou encore Le silence des agneaux de Jonathan Demme. S'agissant de l'acteur Doug Savant qui incarne ici le Détective Dennis Mulrooney et l'un des amis des jeunes mariés, il s'est fait connaître dans les années 90 avec la série Melrose Place mais c'est bien grâce au rôle de Tom Scavo dans la série Desperate Housewives qu'il est devenu mondialement célèbre... L'épisode tourne donc principalement autour du lieutenant et de ces trois policiers qui vont tout entreprendre afin d'identifier celui qui a kidnappé Melissa. Intéressons-nous maintenant à l'antagoniste du récit. Incarné par l'acteur Daniel McDonald dont le décès est tragiquement survenu à la suite d'un cancer du cerveau alors qu'il n'avait même pas quarante-sept ans, le psychopathe auquel les scénaristes Evan Hunter et Robert Van Scoyck ont choisi de ne pas donner de nom jusqu'à ce que celui-ci soit révélé lors des recherches intensives de Columbo s'invite au mariage. Ce qui permettra au lieutenant de découvrir son visage lorsqu'il s'agira de l'identifier sur plusieurs photos prises lors des festivités par le photographe officiel Alex Varrick (Daniel Davis). Bien qu'il soit doté d'une voix douce et suave, on sent bien que le bonhomme a depuis très longtemps quitté le monde réel pour ne plus vivre qu'au sein d'un fantasme dont on découvrira plus tard qu'il est directement lié à une enfance traumatique. À chacun son heure est donc traité sous deux angles différents. Entre l'enquête policière et les séquences se situant dans l'antre du psychopathe dont le projet ultime et d'épouser Melissa, consommer leur mariage avant de lui trancher la gorge et de se suicider ensuite. Autant dire que le propos de cet épisode qui décidément est bien différent des cinquante-neuf qui le précédèrent tient davantage du thriller que du simple téléfilm policier. Si Alan J. Levi bouscule les conventions, l'auteur des épisodes Jeux d'ombres et Un seul suffira... réussit pourtant cet épisodique changement d'approche de la série...

 

mercredi 1 juillet 2026

L'enterrement de Mme Columbo de Vincent McEveety (1990) 🚬🚬 🚬🚬 🚬

 


 

Triste journée pour le lieutenant Columbo dont l'épouse est décédée. Par un après-midi de pluie, son entourage et lui assistent à l'enterrement de celle que l'on n'a toujours connue qu'à travers les propos tenus directement par le plus célèbre officier de la police criminelle de Los Angeles. Parmi celles et ceux qui sont venus lui témoigner leur amitié et lui présenter leurs condoléances se trouve Vivian Dimitri (Helen Shaver). Sa présence aux obsèques intrigue. En effet, alors que le prêtre fait une prière pour la défunte, la jeune femme pleure... de joie ! Ayant tant attendu ce moment, elle semble convaincue que Columbo va bientôt rejoindre sa femme... Le récit exécute alors un retour dans le passé, quelques jours auparavant, au moment même où Vivian Dimitri assassine son employeur Charlton Chambers (Edward Winter) qu'elle soupçonne d'avoir dénoncé son mari pour une affaire d'escroquerie ayant eu lieu dix ans plus tôt. Condamné à la prison après avoir commis un homicide, ce dernier est mort d'une crise cardiaque au bout de huit ans d'incarcération alors qu'il ne lui en restait plus que deux à effectuer. Après avoir échafaudé un alibi qu'elle croit pouvoir la mettre hors de portée de toute suspicion de la part des enquêteurs, son prochain objectif est tout d'abord de faire payer au lieutenant qu'elle accuse de s'être acharné sur son mari en assassinant son épouse. Viendra alors ensuite pour elle le moment de se débarrasser de Columbo lui-même... Si la structure du quatrième épisode de la neuvième saison de Columbo intituléL'enterrement de Mme Columbo diffère de la majorité des soixante-neuf que constitue la série, il n'en est pas moins l'un des plus remarquables en terme d'écriture. Constitué d'un très grande majorité de flash-back, le scénario de Peter S. Fischer est d'une grande intelligence puisque entre la machination orchestrée par la meurtrière et l'enquête menée de manière relativement aisée par le lieutenant, cet épisode est en outre l'occasion d'évoquer un point de vue qui n'a, me semble-t-il, jamais vraiment été abordé dans la série depuis ses débuts : les dommages collatéraux. En effet, autant l'on peut admirer le travail de Columbo, son indéfectible instinct lorsqu'il s'agit de jeter son dévolu sur le tueur alors qu'il n'a pas toujours d'emblée d'éléments entre les mains, autant la série se désintéresse généralement de ce que peuvent éprouver les proches du coupable dans le temps, chaque épisode se concluant par l'arrestation de l'assassin. Après cela ? Rien. Juste un générique de fin. Ici, Vincent McEveety met en scène une meurtrière pour laquelle l'on peut ressentir une certaine empathie. Une femme magnifique, mais psychologiquement déséquilibrée...


Qui ne s'est jamais remise de la mort de son époux, convaincue d'être indirectement responsable de son décès puisque l'homme en question s'était rendu coupable d'escroqueries afin que celle qu'il aimait ne manque de rien. Incarnée par la sublime Helen Shaver, l'actrice est notamment connue pour avoir joué dans Amityville, la maison du Diable de Stuart Rosenberg en 1979, dans La couleur de l'argent de Martin Scorsese en 1986 ou dans l'effrayant Envoûtés de John Schlesinger l'année suivante. Ici, la maîtrise de la meurtrière n'est pas totale. Et bien que l'on apprenne qu'elle ait mis deux ans pour mettre au point sa vengeance, très rapidement l'on comprend que son alibi ne tient pas vraiment debout. Car après avoir assassiné Charlton Chambers, Vivian s'empare de son porte-feuille, part dîner au restaurant avec un amant (Ian McShane dans le rôle de Leland St. John), le laisse quelques minutes pour officiellement se repoudrer le nez mais pour en réalité retirer de l'argent avec la carte bleue de sa victime, puis passe la nuit avec son amant, jusqu'à deux heures du matin avant de retourner sur le lieu du crime et remettre le porte-feuille de la victime dans sa poche... Et donc, si le légiste constate la mort du défunt aux alentours de vingt-deux heures, en théorie, rien ne doit contraindre le lieutenant de penser que la jeune femme est la coupable. Pourtant, deux éléments convaincront Columbo de sa culpabilité. Épisode à part, donc, un peu comme Tout finit par se savoir de Daryl Duke ou comme A chacun son heure d'Alan J. Levi, L'enterrement de Mme Columbo est surtout un épisode très poignant. Morose. Que l'on rangera dans la même catégorie que celle qui accueille notamment l'épisode Le meurtre aux deux visages que réalisera à nouveau Vincent McEveety. Un épisode empli de sensibilité. Où l'on comprend le sens des intentions de la meurtrière même si on ne cherche pas à les justifier. Cet épisode donne d'ailleurs lieu à une étrange relation entre les personnages de Vivian Dimitri et du Columbo. Chacun manipulant l'autre. Ce qui par contre différencie la meurtrière du flic et le ressentiment mêlé de haine de la première vis à vis du second. Le final est exceptionnel. Avec un Columbo au sommet de son art. Le lieutenant menant la barque avec intelligence, le spectateur croit découvrir enfin quelques éléments personnels propres à sa vie privée. Son lieu d'habitation et surtout, le visage de son épouse. Et pourtant...