dimanche 6 mars 2022

Tout n'est qu'illusion (Now You See Him…) de Harvey Hart (1976) 🚬 🚬 🚬 🚬

 



 

Chaque fois ou presque, c'est la même chose : entre le lieutenant Columbo et le criminel, l'entente est souvent tout d'abord cordiale. Jusqu'à ce point de rupture où l'assassin finit par s'agacer des apparitions incessantes du célèbre détective dans son quotidien. Et une fois encore, ça ne rate pas dans ce nouvel épisode, cinquième et avant-dernier de l'antépénultième saison de la période NBC. Cette fois-ci, Columbo est confronté pour la première fois à un magicien. Ce ne sera d'ailleurs pas la seule occasion pour le lieutenant de se frotter à un illusionniste puisque dans le premier épisode de la huitième saison intitulé Il y a toujours un truc réalisé par Leo Penn et diffusé pour la première fois le 6 février 1989 sur le territoire américain, on le verra à nouveau face à un magicien du nom d'Eliot Blake, un illusionniste se cachant derrière le supposé don de télépathe. Mais avant cela, Columbo se penche sur le cas d'un certain Jesse T. Jerome (Nehemiah Persoff), le patron d'un cabaret qui emploie le célèbre magicien Santini (référence évidente au célèbre Houdini dont le plus célèbre tour de magie est dans cet épisode, réinterprété). Ce dernier est victime d'un chantage de la part de son employeur qui exige de lui un pourcentage sur ses recettes. En effet, Jerome sait que fut un temps, celui qui se fait appeler Le Grand Santini portait le nom de Stefan Muller, un ancien nazi de la seconde guerre mondiale dont il menace de révéler l'identité si jamais celui-ci refuse de lui verser l'argent. Tout n'est qu'illusion est le quatrième et dernier épisode de la série que réalisera Harvey Hart. En vedette, l'un des interprètes les plus charismatiques de la série en la personne de Jack Cassidy qui intervient pour la troisième fois dans le rôle de l'assassin dans Columbo après Le livre témoin de Steven Spielberg en 1971 et Édition tragique de Robert Butler trois ans plus tard...


Jack Cassidy n'est pas seul à réapparaître dans la série puisque l'acteur Bob Dishy reprend son rôle de policier avec, cependant, un détail intéressant. Alors que son personnage a conservé son patronyme, son prénom n'est plus le même. On passe donc du sergent Frederic Wilson au sergent John J. Wilson. Tout n'est qu'illusion est ponctuellement nourri d'un Running gag fort persistant lors duquel le lieutenant tente d'égarer le nouvel imperméable que son épouse vient de lui offrir (encore un indice qui tente à prouver qu'elle n'existe pas que dans l'imaginaire du lieutenant car sinon, Columbo aurait-il acheté ce nouvel imperméable et se donnerait-il autant de peine pour ensuite s'en débarrasser ?). D'un bleu qui dénote totalement avec le costume habituel du lieutenant et particulièrement étriqué, cet imperméable confirme que seules quelques nuances de couleurs allant du beige au marron siéent au détective de Los Angeles. Concernant l'intrigue, elle se situe presque entièrement dans le cabaret. Entre le bureau de Jerome (un type parfaitement infecte dont la mort ne bouleversera personne), les sous-sols de l'établissement, les cuisines et la salle de spectacle servant également de restaurant et de piano-bar. Si au premier abord le cadre semble aussi étroit que peut l'être le nouvel imperméable bleu du lieutenant Columbo, il ne s'agit en réalité que d'une... illusion...


En effet, bien que l'intrigue se déroule dans des espaces conjointement réunis, Tout n'est qu'illusion propose toute une série de séquences donnant à l'ensemble une réelle vigueur. L'occasion également d'en apprendre quelque peu sur certains tours de magie mais aussi et surtout, de revoir Jack Cassidy qui périra dans l'incendie de sa maison lors de son sommeil l'année même où sera diffusé pour la première fois cet épisode de la série. On notera également la présence de l'excellent acteur Robert Loggia (Scarface de Brian De Palma, Les envoûtés de John Schlesinger) qui ne participera pas à d'autres épisodes et qui dans le cas présent interprète le rôle du chef de salle Harry Blandford. Notons également qu'à plusieurs reprises, le fiancé de la fille de Santini (Cynthia Sikes Yorkin dans le rôle de Della) réinterprète le thème du film Charade que réalisa Stanley Donen et dont le compositeur Henry Mancini fut l'auteur de la bande-originale. Tout n'est qu'illusion est dans la lignée des meilleurs épisodes de cette première période de la série. Voir évoluer le lieutenant Columbo dans un univers relativement éloigné du faste habituel a aussi son charme et sa relation avec Santini permet aux deux acteurs Peter Falk et Jack Cassidy de se confronter pour une dernière fois...

 

samedi 5 mars 2022

Question d'honneur (A Matter of Honnot) de Ted Post (1976) 🚬 🚬 🚬 🚬

 


 

Ted Post, qui réalisa l'année précédente l''épisode Immunité diplomatique revenait sur les écrans de télévision américains en février 1976 avec Question d'honneur (A Matter of Honnot). La série semblait alors prendre une tournure tout à fait originale puisque après s'être intéressé à un meurtre s'étant produit dans une ambassade du Suari (pays imaginaire créé à l'occasion) et bien après l'épisode Eaux troubles dans lequel le lieutenant Columbo enquêtait à bord d'un paquebot de croisière, le plus célèbre des détectives quittait le confort de Los Angeles pour le Mexique où il prévoyait de passer en compagnie de sa fantomatique épouse, des vacances bien méritées. En ouverture de programme, Luis Montoya, célèbre matador à la carrière brisée suite à une blessure infligée par un taureau lors d'une corrida, demande à son ami Hector Rangel (Robert Carricart) de tuer un autre taureau. Celui qui précisément vient d'envoyer son propre fils à l’hôpital à la suite d'un entraînement qui s'est mal déroulé. En fait, un piège puisque le vieux complice, une fois dans l'arène, Montoya lui tire dans la jambe une fléchette tranquillisante. Une fois Hector passablement assommé, Luis Montoya fait pénétrer dans l'enceinte de l'arène le taureau en question qui alors tue Hector. Non loin de là, le lieutenant Columbo s'apprête à rejoindre sa femme à bord de sa célèbre voiture lorsqu'il est victime d'un accrochage avec un habitant du coin. Heureusement pour lui, les autorités interviennent rapidement et parmi elles, le lieutenant Sanchez (l'acteur Pedro Amendariz) qui prend très rapidement en charge Columbo. C'est à ce moment très précis que Sanchez reçoit un appel du quartier général de la police qui lui indique ''l'accident'' qui vient de se produire dans le ranch de Luis Montoya. Le lieutenant Sanchez propose alors à Columbo de l'y accompagner...


Épisode difficile, voire austère, Question d'honneur ne fait pas d'emblée, partie des plus évidents à aborder. Au contexte, Ted Post et le scénariste Brad Radnitz imposent un antagoniste remarquablement fier. Et froid, en la personne de Ricardo Montalban, acteur vedette de la série télévisée L'île fantastique mais également acteur de cinéma puisqu'on le vit notamment dans le rôle principal de Khan Noonien Singh dans Star Trek II : La Colère de Khan que beaucoup de fans de la franchise considèrent comme la meilleure adaptation cinématographique de la célèbre série de télévision de science-fiction éponyme. Plongeant dans un univers emprunt de traditions et de respect, Peter Falk se frotte à un Ricardo Montalban charismatique et parfois glaçant. Le but n'est ici pas seulement de mettre simplement la main sur les éléments de preuves qui permettront au lieutenant Columbo d'étayer sa thèse selon laquelle Luis Montoya est coupable du meurtre d'Hector mais bien de trouver les raisons pour lesquelles l'ancien matador s'est rendu fautif de l'assassinat de son meilleur ami. Un mobile qui cadre parfaitement avec l'aura que dégage d'ailleurs ce dernier, impétueux et fier, droit dans son costume face à un Columbo qui ne tardera pas à l'irriter. De cette certitude qu'ont certains hommes héroïques de jouir d'une impunité comme cela semble être le cas avec ce célèbre matador qui n'exerce plus. Le concept de Question d'honneur repose sur un schéma similaire à celui que proposèrent trois ans en arrière le réalisateur Edward M. Abroms et le scénariste Jackson Gillis et dans lequel un célèbre joueur d'échecs tuait l'adversaire qu'il devait prochainement rencontrer de peur de perdre face à lui...


Ici, c'est donc la découverte hypothétique d'un fait qui pourrait nuire à l'image de Luis Montoya qui le pousse à commettre l'irréparable. À noter que le principe offre toute son originalité à cet épisode puisque contrairement à la la majorité des soixante-neuf qui composent la série Columbo, dans celui-ci les raisons du meurtre ne seront connues qu'à la toute fin de l'épisode, au moment même où le lieutenant lâchera les éléments de preuve qu'il a en sa possession. Quatre ans après l'épisode S.O.S. Scotland Yard qui se déroulait à Londres, en Angleterre, le lieutenant quitte donc les États-Unis pour le Mexique. Il sera notamment confronté au fils de la victime Curro Rangel qu'interprète l'acteur Adolfo Martinez, célèbre dans le monde entier pour avoir incarné le rôle de Cruz Castillo dans le Soap Opera Santa Barbara en 2137 épisodes diffusé chez nous sur TF1 entre 1985 et 1994. Il est amusant de noter que lorsque Luis Montoya regarde une projection d'un vieux combat dans une arène filmé en noir et blanc dont il fut la vedette, il s'agit bien de lui puisqu'en réalité, le document est un extrait du film Santa que réalisèrent Norman Foster et Alfredo Gómez de la Vega en 1943 et dans lequel Ricardo Montalban interprétait déjà le rôle du matador Jarameño. Autre détail intéressant qui n'intéressera en fait que les fans absolus du personnage de Columbo : cinq ans après l'épisode Poids mort de Jack Smight, c'est la seconde fois qu'est offerte l'occasion de découvrir le prénom du lieutenant. En effet, l'un des accessoiristes visiblement très précautionneux s'était chargé d'ajouter un prénom sur la carte de police du célèbre détective de Los Angeles. Un détail que certains s'amusent parfois à exhiber, démontrant ainsi qu'ils connaissent la série et son personnage sous toutes leurs coutures. À noter enfin que lors de la première rencontre entre Columbo et le lieutenant Sanchez, ce dernier affirme que le policier de Los Angeles s'est rendu célèbre au Mexique pour avoir résolu deux mois auparavant, le meurtre d'une chanteuse à bord d'un paquebot de croisière dans un certain épisode intitulé... Eaux troubles...

 

jeudi 10 février 2022

Jeu d'identité de Patrick McGoohan (1975) 🚬 🚬 🚬 🚬

 


 

Nelson Brenner travaille pour la CIA. Mais il est également un agent double et ça, son collègue A.J.Anderson l'a découvert et décide de le faire chanter. Et comme le premier veut garder secret sa double identité, plutôt que de payer Anderson, il décide de l'éliminer. Pour cela, il charge un certain Lawrence Melville de se rendre sur une plage de nuit afin de récupérer un microfilm auprès de A.J.Anderson. Une fois que les deux hommes ont fait affaire, Melville s'évanouit dans la nature tandis qu'apparaît subrepticement Brenner qui assassine alors son ami. Afin de se constituer un alibi irréprochable, Brenner se rend ensuite à son bureau, change l'heure d'une pendule afin qu'elle sonne lors de l'enregistrement d'un document audio qui lui permettra de prouver qu'il ne pouvait être sur les lieux du crime au moment où est mort Anderson. Mais déjà, le lieutenant Columbo est sur l'affaire... Le concept de la pendule (ou de l'horloge) et de l'enregistrement de l'excellent troisième épisode de la seconde saison Le grain de sable (réalisé et scénarisé par Jeremy Kagan) est repris par Patrick McGoohan, auteur de l'histoire originale et réalisateur de ce nouvel épisode intitulé Jeu d'identité (Identity Crisis) et dont l'usage sera inversé et ne servira non plus à faire le jour sur la responsabilité de l'assassin mais au contraire à persuader la police (et en l'occurrence, le lieutenant Columbo) de son innocence...


Vedette incontestée de ce troisième épisode de la cinquième saison, l'acteur et réalisateur irlando-américain Patrick McGoohan (connu à l'origine pour avoir été le héros de la mythique série britannique Le prisonnier) n'en est pas à sa première apparition dans la série. Un an auparavant, il apparaîtra dans l'épisode Entre le crépuscule et l'aube de Harvey Hart, avant de se mettre en scène lui-même dans Jeu d'identité en 1975, Votez pour moi en 1990 et En grandes pompes huit ans plus tard. Trois épisodes de la série qu'il réalisera, au même titre que La Montre témoin en 1976 et Meurtre en musique en 1999, dont il laissera cependant la vedette à Robert Vaughn puis à Billy Connolly. De nombreux détails font référence à la série qui rendit célèbre Patrick McGoohan. Les fans s'amuseront d'ailleurs à noter les dites références, hommages évident au personnage d'espion qu'il incarnait alors. La rigueur presque clinique de Patrick McGoohan qui au fil de ses mises en scène à toujours choisi d'interpréter des criminels relativement froids est ici contrebalancée par une mise en scène qui n'oublie pas certains traits d'humour. Comme lors de cette séquence lors de laquelle le lieutenant Columbo se laisse séduire par une danseuse orientale avant de constater qu'elle louche. Parmi les seconds rôles, nous retrouvons notamment Leslie Nielsen, grande vedette du cinéma (la série de Y a-t-il un flic...) qui quatre ans en arrière interprétait le rôle de Peter Hamilton, compagnon de la criminelle incarnée par l'actrice Susan Clarck dans l'épisode Atente de la première saison...


Otis Young, qui dans le cas présent interprète le rôle malheureux de Melville, est surtout connu pour avoir joué dans la série Les Bannis à la toute fin des années soixante. Il mettra un terme à sa carrière d'acteur au beau milieu des années quatre-vingt. David White (qui joue ici le rôle du grand patron de la CIA Phil Corrigan) est surtout connu pour avoir interprété le rôle d'Alfred Tate dans la série Ma sorcière bien-aimée entre 1964 et 1972. La liste est longue mais l'on retiendra aussi et surtout la courte apparition de l'acteur Val Avery qui apparaîtra dans quatre épisodes de la série dont En toute amitié de Ben Gazzara en 1974 dans lequel il campera le personnage de Artie Jessup, cambrioleur auquel le véritable assassin (Richard Kiley dans le rôle de Mark Halperin) tentera de faire porter le chapeau. Non content d'être interprété par une belle brochette d'acteurs (et dans lequel les femmes y sont malheureux sous-représentées) Jeu d'identité est un excellent épisode dans lequel on retrouve un Peter Falk toujours aussi savoureux. Policier mais aussi... espionnage, une approche si rare dans la série qu'il est bon de le rappeler. Notre lieutenant est confronté non seulement à un tueur/agent double mais également à ses supérieurs. On découvre notamment notre Columbo en mode ''mélomane''. À noter que dans la version française, la conclusion semble moins porter d'intérêt sur l'évocation de la Chine aux futurs Jeux Olympiques que sur le détail sonore qui remettra en question l'alibi du meurtrier. Si en général le dénouement fait partie intégrante de tout bon épisode de la série, on ne tiendra ici rigueur de sa banalité qu'au doublage français. Jeu d'identité n'en demeure pas moins un très bon cru...

 

mercredi 29 septembre 2021

Immunité Diplomatique de Ted Post (1975) 🚬 🚬

 


 

Après une absence longue de.... six mois (ah ouais, tout de même!), il était temps de reprendre l'écriture de ce blog entièrement consacré à notre lieutenant de police préféré avec A Case of Immunity plus connu dans nos contrées sous le titre Immunité diplomatique dans lequel Columbo va se frotter à un assassin un peu particulier en la personne de Hassan Salah que va interpréter l'acteur et réalisateur américain Héctor Elizondo qui comme l'indique son patronyme ne vient pas d'un quelconque pays du Moyen Orient. Il est d'ailleurs intéressant de noter que l'ambassade dans laquelle se situe l'action de ce second épisode de la cinquième saison de Columbo fait référence à un pays imaginaire, sans doute pour ne pas s'attirer les foudres d'un quelconque état du Moyen Orient. Mais passons... Dans Immunité diplomatique, le système fort ingénieux mis en place par le représentant diplomatique Hassan Salah pour tuer le chef de la sécurité de l'ambassade du Suari n'est pas très éloigné de ceux que l'on rencontre dans d'autres épisodes de la série qui font également appel non pas à un tueur unique mais à deux, le second demeurant généralement au second plan. Comme cela sera communément le cas, on devine que le complice ne fera pas de vieux os (Sal Mineo, dans le rôle de Rahmane Habib). Et là encore, le scénario de Lou Shaw d'après une histoire de James Menzies fait preuve d'assez peu d'imagination puisque le moyen employé par l'assassin pour faire croire à un accident ressemblera notamment à celui utilisé par le tueur Jarvis Goodland (Ray Miland) dans le deuxième épisode de la seconde saison de Columbo, The Greenhouse Jungle (Dites-le avec des fleurs)...


Réalisé par Ted Post, l'homme derrière lequel se cache notamment Le secret de la planète des singes en 1970 ou Magnum Force (avec Clint Eastwood) en 1973, Immunité diplomatique n'est donc très clairement pas l'un des meilleurs épisodes de la série. Peut-être cela est-il dû à l'antipathie que l'on peut ressentir dès les premiers instants pour le meurtrier ou pour cette ambiance beaucoup moins joyeuse que lors d'autres rencontres qu'effectua jusque là le lieutenant Columbo. Ted Post réalisera d'ailleurs le quatrième épisode de cette cinquième saison (Question d'honneur) et y imprimera cette même atmosphère. Cet épisode joue sur un élément essentiel qui fait de Hassan Salah un assassin très particulier. Bénéficiant de l'immunité diplomatique, son arrogance n'en est que plus évidente (il faut le voir se montrer méprisant envers Colombo), l’œil torve et allant jusqu'à avouer le meurtre en toute impunité puisqu'il se sait intouchable. Mais c'est mal connaître le lieutenant qui, ne sachant comment s'y prendre de manière habituelle va faire appel au plus haut représentant de l'état du Suari, le roi lui-même (l'acteur Barry Robins). Quelques rares séquences font référence à la ''gaucherie'' dont Columbo est parfois sujet. Dans le cas présent, on le voit notamment poser involontairement le pied sur le vêtement traditionnel porté par le représentant diplomatique. Immunité diplomatique n'est pas chez nous le plus connu des épisodes de la série. Peut-être est-de dû au fait que sa diffusion ait été également moins sollicitée par les chaînes de télévision françaises ?


L'épisode permet une nouvelle fois de confronter Columbo à un individu d'un milieu social auquel il n'aurait sans doute pas eu accès en temps normal. Qu'il s'agisse ici d'un représentant diplomatique ou ailleurs d'un acteur, d'un chanteur ou d'un militaire dont le grade est nettement supérieur à celui du lieutenant, Columbo s'adapte à la situation. Nous noterons également l'intimidation dont il fait l'objet de la part de Hassan Salah qui le menace de protester devant le gouvernement américain si le lieutenant ne cesse pas de le harceler. Une constante dans la série dès lors qu'un meurtrier se sent acculé. Notons que l'acteur Sal Mineo dont le représentant diplomatique tue le personnage de Rahmane Habib sera tué quatre mois pile après la première diffusion de l'épisode sur le territoire américain. En effet, il sera poignardé au hasard par un vagabond toxicomane qui voulait le détrousser. Près de quarante ans après, l'acteur et réalisateur James Franco réalisera le biopic Sal entièrement consacré aux derniers jours de l'acteur disparu à seulement trente-sept ans. Quant aux plus fins observateurs, ils noteront dans Immunité diplomatique, la très courte présence de l'immense Jeff Goldblum dont la carrière avait débuté un an en arrière avec Un justicier dans la ville où il interprétait le rôle d'un voyou. Dans cet épisode de Columbo, il jour celui d'un manifestant...

 

samedi 13 mars 2021

La Femme Oubliée de Harvey Hart (1975) 🚬 🚬 🚬

 


 

Premier épisode de la cinquième saison, La Femme oubliée (Forgotten Lady) de Harvey Hart, lequel avait déjà lui-même clôt la précédente avec l'excellent État d'esprit (A Deadly State of Mind), est un peu à l'image d'une grande partie des épisodes qui la constitueront : Morose ! Et dans le cas présent, nostalgique. En effet, on y assiste au meurtre d'un vieil homme (l'acteur Sam Jaffe) par son épouse Grace Wheeler Willis, une ancienne actrice qui rêve de retourner sous les projecteurs. Mais son mari, médecin à la retraite, refuse de financer son nouveau projet. Grace prend alors la décision de l'éliminer en lui faisant avaler un somnifère et en l'assassinant d'une balle alors qu'il s'est endormi dans leur chambre en compagnie d'un livre. Afin de se constituer un alibi, Grace fait croire qu'elle était en train de regarder l'un des films dans lesquels elle joua des années auparavant, les deux domestiques de la maison pouvant en témoigner. Une fois son mari mort et la police arrivée sur place, le médecin chargé d'examiner le cadavre estime qu'il s'agit sans doute d'un suicide. Ce que refuse de croire le lieutenant Columbo, une fois de plus chargé de l'enquête. Et cela, parce que le célèbre détective découvre en outre des indices préoccupants. Comme les chaussons parfaitement propres du vieil homme dont on croyait jusqu'à maintenant qu'il s'était rendu jusqu'à sa voiture afin de récupérer l'arme responsable de sa mort. Un élément que réfute Columbo puisque dehors, le sol humide aurait dû selon lui, laisser des traces bien spécifiques sur les chaussons...


La Femme oubliée est notamment un cas PRESQUE à part dans la série Columbo puisque pour la première des deux seules fois parmi les soixante-neuf épisodes, la coupable ne sera pas arrêtée comme cela sera le cas dix-huit ans plus tard dans l'épisode Le meurtre aux deux visages (It's all in the Game) que réalisera Vincent McEveety, le scénario étant quant à lui l’œuvre de Peter Falk. Le premier de la treizième saison dans lequel un meurtre est commis par deux femmes (une mère et sa fille), le lieutenant acceptant de laisser libre la plus jeune si la mère accepte d'avouer avoir commis l'assassinat de son amant. Mais pour l'instant nous sommes en 1975, et si Grace Wheeler Willis rêve en effet d'un retour au cinéma, les choses vont s'avérer plus compliquées qu'elles n'en ont l'air. Épaulée par son ami de longue date Ned Diamon (l'acteur John Payne), la malheureuse est en effet atteinte d'une grave maladie cérébrale dégénérative. Grace est donc condamnée. Fasciné par les stars de cinéma qu'il est amené à rencontrer durant sa carrière, le lieutenant Columbo se montrera plus que jamais tendre et chaleureux face à l'actrice vieillissante...


Bien que La Femme oubliée développe une intrigue relativement touchante, cet épisode est peut-être cependant parmi les moins intéressants de toute la première époque. Il y est diffusée une ambiance parfois si pesante qu'elle écrase l'aspect amusant qui habituellement émaille la plupart des épisodes. Véritable hommage au septième art mais sans doute plus encore à sa principale interprète, le rôle de Grace Wheeler Willis est confié à l'actrice Janet Leigh, épouse de Tony Curtis avec lequel elle donnera naissance à l'actrice Jamie Lee Curtis, rendue célèbre grâce à son rôle de Laurie Strode dans le slasher Halloween que réalisa John Carpenter en 1978. Quant à Janet Leigh, malgré une imposante filmographie cinématographique et télévisuelle, elle est surtout connue chez nous pour avoir interprété le rôle de Marion Crane dans le chef-d’œuvre d'Alfred Hitchcock, Psychose en 1960. Anecdote amusante, le film qu'est censée regarder Grace dans La Femme oubliée tandis qu'elle tue en réalité son mari s'intitule Walking My Baby Back Home (traduit chez nous sous le titre Les Yeux de ma Mie). Film qui existe réellement, puisque sorti sur les écrans américains en 1953 et principalement interprété par Donald O'Connor et..... Janet Leigh. À noter également une erreur de montage que l'on raccordera directement avec l'épisode Play Back de Bernard L. Kowalski dans lequel le lieutenant Columbo dénouait l'intrigue grâce à un objet présent sur une vidéo alors qu'il n'aurait pas dû s'y trouver. Dans le cas de La Femme oubliée, il ne s'agit pas d'une pirouette scénaristique mais bien d'une erreur involontaire. En effet, lors d'une séquence, on peut apercevoir un verre de lait posé sur la table de nuit de la victime alors que dans le plan suivant, on voit l'un des domestiques lui apporter.... Un épisode en demi-teinte...

 

jeudi 11 mars 2021

Etat d'Esprit de Harvey Hart (1975) 🚬 🚬 🚬 🚬

 


 

Dernier épisode de la quatrième saison de Columbo, État d'esprit (A Deadly State of Mind) de Harvey Hart est aussi le second qu'il réalisera après Entre le Crépuscule et l'Aube en 1974 et avant La Femme Oubliée en 1975 et Tout n'est qu'Illusion l'année suivante. Une jolie régularité et un épisode, ici, qui vient clore de belle manière une formidable saison qui accueilli en son sein, autant de vedettes du petit écran que de stars de cinéma. N'oublions pas en effet que l'on pu y découvrir notamment Robert Conrad, Patrick McGoohan ou encore Robert Vaughn, chacun interprétant un tueur aux méthodes bien différentes. Des assassins et non plus de simples meurtriers puisque chaque crime y était volontairement accompli. Pour ce dernier épisode de cette quatrième saison, le réalisateur Harvey Hart adapte une histoire qu'il a d'abord écrite avant de confier l'écriture du scénario à Peter S. Fischer. La particularité de cet épisode, et c'est d'ailleurs le seul de cette saison, est d'avoir abordé le meurtre sous l'angle de l'accident. En effet, le meurtre de Karl Donner (interprété par l'acteur Stephen Elliot qui l'année précédente interprétait un commissaire de police dans Un Justicier dans la Ville de Michael Winner, 1974) est dû dans le cas présent à un accident. En effet, constatant que son épouse est l'amante de son psychanalyste, son sang ne fait qu'un tour lorsque confronté aux deux fauteurs, il se rue sur son épouse Nadia. Le docteur Marcus Collier s'empare alors d'un tisonnier et frappe à mort le pauvre homme qui s'écroule sur le tapis du salon, mort !


C'est là qu'intervient le lieutenant Columbo. Le scénario de Peter S. Fischer dissémine ça et là tout un tas d'indices qui permettront au célèbre détective de conclure que l'attaque supposée par des voleurs n'est en fait qu'un leurre pour détourner l'attention des enquêteurs. Une surenchère qui de fait, se justifie puisque contrairement à la majorité des épisodes dans lesquels les meurtres sont calculés à l'avance, la précipitation avec laquelle le psychanalyste tente de trouver une solution pour n'avoir pas à assumer la mort de Karl Donner détermine la fiabilité de son alibi ainsi que celui de sa maîtresse. Cette dernière, comme on le verra, sera une pièce relativement faible de l'échiquier dont devra se débarrasser plus tard l'homicide. Concept novateur, l'hypnose est au centre d'une intrigue à rebondissements. Le lieutenant Columbo qui généralement est ouvert à tous types de propositions, même les plus improbables (l'homme croit en la chiromancie comme l'entérinait l'épisode Faux Témoin de Bernard L. Kowalski quatre ans auparavant, alors pourquoi pas à l'hypnose?), va donc accepter le principe et les différents éléments qu'il a récolté jusque là pour confondre le tueur...


Concernant les indices, et bien qu'ils paraissent logiques vu l'urgence avec laquelle le docteur Collier doit se constituer un alibi, on pourra leur reprocher de manquer de raffinement (une pierre à briquet et des traces de pneus comme preuve de la présence du psychanalyste sur les lieux du crime, cela fait tout de même beaucoup). Comme je l'évoquais un peu plus haut, la présence d'authentiques vedettes de la télévision ou du cinéma font une fois de plus partie du champ d'action de ce septième épisode. Et pour celui-ci, qui mieux que George Hamilton et Lesley Ann Warren pour clore cette saison ? L'assurance, l'ambition et l'arrogance de l'un. La fragilité psychologique de l'autre. Une émulation parfaite pour une interprétation sans faille. Si Lesley Ann Warren n'apparaîtra plus dans la série, George Hamilton aura quant à lui l'occasion de se frotter une nouvelle fois au lieutenant Columbo seize ans plus tard dans l'épisode Attention : Le meurtre peut nuire à la Santé de Daryl Duke. Notons également la présence de l'acteur Bruce Kirby qui durant sa longue carrière au cinéma et à la télévision, aura eu le temps de jouer dans neuf épisodes de la série en incarnant tour à tour les sergents Kramer et Phil Brindle, un réparateur de téléviseurs ainsi qu'un préposé de laboratoire. Le final, et donc la résolution de l'intrigue, est l'un de ces grands moments de la série dans lequel le lieutenant Columbo (toujours aussi formidablement interprété par Peter Falk) joue un jeu de dupe comme il en a parfois le secret lorsqu'il n'a pas toujours d'autres moyens de confondre le meurtrier...

 

samedi 6 mars 2021

PlayBack de Bernard L. Kowalski (1975) 🚬 🚬 🚬 🚬

 


 

Cinquième des six épisodes constituant la quatrième saison de la série, PlayBack de Bernard L. Kowalski (dont il s'agit du troisième après les excellents Faux Témoins et Exercice Fatal) fait une nouvelle fois appel à l'utilisation d'un procédé d'enregistrement comme moyen pour le coupable de se forger un alibi ou de commettre un meurtre. Après Robert Culp qui dans Subconscient et dans le rôle du Docteur Bart Keppel trafiquait un film publicitaire en y intégrant des images subliminales, mais aussi bien avant que Trish Van Devere dans le rôle de l'assistante de production Kay Freestone profite de la projection d'un long-métrage dans l'épisode Meurtre Parfait pour commettre un meurtre, le tueur de PlayBack use de tous les outils technologiques qui sont à sa portée pour se constituer un alibi indéboulonnable. L'acteur Oskar Werner interprète cet ingénieux assassin qui pour conserver sa place au milieu de l'entreprise de domotique dirigée par sa belle-mère et pour demeurer auprès de son épouse Elizabeth qui elle est clouée dans un fauteuil roulant, tue Margaret Midas après qu'elle ait découvert que son beau-fils trompait sa fille avec de jeunes femmes. La grande demeure familiale étant un vaste champ d'expérimentations dans le domaine de la domotique, elle est farcie de caméras de surveillances que Harold Van Wyck va mettre à contribution pour commettre son meurtre. Alors qu'à l'extérieur de la demeure un gardien veille à la sécurité des Van Wyck et de leur propriété, Harold s'apprête à enregistrer à l'aide d'une caméra de surveillance le meurtre qu'il va commettre avant de le diffuser en différé tandis qu'il se sera rendu à une invitation à l'extérieur...


Certains assassins semblent avoir la fâcheuse habitude de trop vouloir en faire lorsqu'il s'agit de prouver qu'ils ne pouvaient être sur le lieu du meurtre. Bien que l'on puisse comprendre que Dale Kingston (interprété par l'acteur Ross Martin) s'acharne à vouloir prouver son absence sur les lieux du meurtre en évoquant à différentes occasions l'heure qui s'affiche à sa montre dans l'épisode Plein Cadre, le fait que Harold Van Wyck fasse de même ne trouve pas vraiment de justification puisque le gardien (interprété par l'acteur Herbert Jefferson Jr.) est là pour témoigner de l'absence de l'assassin au moment même où il assiste au meurtre de son employeuse. Dans cet épisode, nous retrouvons aux côtés de Peter Falk, l'actrice Gena Rowlands avec laquelle il partagea la vedette du formidable A Woman Under the Influence que réalisa John Cassavetes six mois auparavant, époux de l'actrice et meilleur ami de Peter Falk. Elle y interprète l'épouse de l'assassin, clouée sur un fauteuil roulant, amoureuse d'un époux adultère, froid et ambitieux...


Détail amusant, on découvre pour la première fois le lieutenant porter la main à une arme afin de s'en servir. Connu pour avoir peu d’empathie pour ce type d'objets pourtant très efficaces dans certaines situations, on le voyait déjà volontairement perdre son badge pour n'avoir pas à passer un test de tir dans l'épisode La femme Oubliée ou confier à Robert Vaughn (dans le rôle de Hayden Dansigger) l'utilisation d'un revolver afin de tirer dans un matelas dans l'épisode Eaux Troubles. Plus que jamais semblable à n'importe lequel d'entre nous, le lieutenant arrive sur la scène de crime dans un état de santé relativement précaire. Rien de grave, juste un petit rhume qui gâche ce début d'enquête mais qui heureusement ne l'empêchera pas de faire toute la lumière sur cette affaire apparemment compliquée à résoudre. À noter que la résolution de l'intrigue est particulièrement savoureuse, Columbo n'étant pas forcément à l'aise lorsqu'il s'agit de ''nouvelles'' technologies. C'est pourtant bien grâce à ces dernières, celles-là même dont profita le tueur pour commettre un meurtre et se forger un alibi, et grâce à un ''petit détail'', que le lieutenant parviendra à ses fins...