samedi 10 juin 2023

Deux en un (Fade in to Murder) de Bernard L. Kowalski (1976) 🚬 🚬 🚬 🚬

 


 

Alors qu'à l'origine le dernier épisode de la saison cinq de la série Columbo avait été prévu comme le tout dernier puisque Peter Falk avait prévu de rendre son tabli... imperméable, cinq mois après la diffusion de La montre témoin sur le réseau NBC aux États-Unis, voilà qu'un nouvel épisode allait être diffusé le 10 octobre 1976 sous le titre Fade in to Murder (chez nous, l’épisode sera visible deux mois plus tard le 08 décembre sous celui de Deux en un). Pour ce retour finalement précipité de Peter Falk dans le rôle du plus célèbre flic de la police criminelle de Los Angeles, Columbo enquête sur le meurtre de l'agent artistique Claire Daley (l'actrice Lola Albright), laquelle fait chanter l'acteur et star d'une série policière Ward Fowler (William Shatner). Afin de se débarrasser de cette gênante maître-chanteuse, l'homme se cache sous une épaisse doudoune et sous un passe-montagne et la tue alors qu'elle se rend dans une épicerie, faisant passer le meurtre pour un fait consécutif à un braquage visant la recette journalière du propriétaire du commerce. Afin de parfaire son crime, Ward Fowler a de fait, et bien avant de commettre son meurtre, convié son ami Mark Davis (l'acteur Bert Remsen) à assister à un match de base-ball chez lui et durant lequel il lui a servi un verre d'alcool auquel il a ajouté un somnifère. Méthode permettant au futur assassin de se construire un alibi en modifiant l'heure affichée sur la montre de Mark. Le meurtre accompli, Columbo débarqué, dépêché sur les lieux du crime remarque rapidement qu'un détail ne colle pas avec la version officielle. Ce petit détail qui comme cela est l'habitude dans la série, va permettre au lieutenant de découvrir qu'il s'agit là encore d'un subterfuge pour mener les enquêteurs sur une fausse piste. Incarné par l'un des mythiques acteurs de la série originale Star Trek qui entre 1966 et 1969 interpréta le rôle du célèbre James ''T'' Kirk au commandes du vaisseau Enterprise, William Shatner campe un double-rôle. Tout d'abord celui de l'acteur/assassin, mais également de son antinomique personnage de fiction, le lieutenant Lucerne. Un flic de série policière télévisée auquel le lieutenant va régulièrement se reporter, demandant ainsi à son interprète de bien vouloir lui donner des conseils et ainsi l'aider à résoudre le meurtre de Claire Daley. Comme cela fut régulièrement le cas, notre lieutenant de police va une fois encore côtoyer le monde de l'art. Après ceux du cinéma, de la peinture ou de la littérature, voilà qu'il s'attaque à l'univers de la télévision. Willian Shatner qui bien des années plus tard réapparaîtra dans la série dans la peau de l'assez peu sympathique Fielding Chase dans l'épisode Face à face (Butterfly in Shades of Grey) incarne ici un acteur enjoué, égocentrique (un comportement régulier chez nos acteurs!) mais dont la détermination failli au travers d'erreurs grossières que n'auraient peut-être pas commises certains des assassins que son personnage de fiction avait jusque là l'habitude d'interroger...


Après avoir été confronté à l'interprète de l'une des pires incarnations de l'univers de Star Trek l'année précédente dans l'épisode Question d'honneur (le tueur était en effet interprété par l'acteur Ricardo Montalban qui avait interprété en 1967 à la télévision dans l'épisode Space Seed et quinze ans plus tard sur grand écran dans Star Trek 2 : La colère de Kahn l'antagoniste Khan Noonien Singh), voici que Columbo se frotte à un tueur qui théoriquement connait toutes les ficelles lui permettant de commettre le meurtre parfait. Mais comme toute série est le fruit d'un esprit imaginatif et son histoire celui d'une fiction, l'illusion ne dure qu'un instant dès lors que Columbo met la main sur des faits indiscutables renvoyant à la culpabilité de Ward Fowler. Ça n'est certes pas la première fois mais il est saisissant dans le cas de Deux en un de voir combien le lieutenant Columbo est capable de sympathiser, voire de s'attacher à l'homme (ou en d'autres occasions, la femme) autour duquel il est en train d'insidieusement refermer ses griffes tout en étant capable de le tromper à travers sa fausse gaucherie. À ce titre, cet épisode est exemplaire. S'y confondent la fiction et la réalité pour mieux happer et éclairer cette frontière qui sépare le vrai du faux. Alors que le dernier épisode de la précédente saison était marqué par une conclusion plus que discutable, les éléments qui confondent le meurtriers ne le sont désormais plus du tout. Le duo Peter Falk/William Shatner fonctionne à merveille et s'avère fort réjouissant. Comme le sont également ces quelques trouvailles permettant d'atayer l'alibi (prochainement deconstruit) de l'assassin. S'il est de coutume que le tueur soit découvert à travers quelques imperfections qu'il a dénié vérifier avant de les corriger, dans cet épisode, au fond, terriblement ironique, leur accumulation tente à prouver que l'on peut être l'excellent interprète d'un flic de fiction tout en étant un pitoyable assassin...

 

dimanche 29 janvier 2023

Columbo - L'anatomie du crime de Didier Liardet

 


 

Quatre mois sans nouvel article consacré à notre fameux Lieutenant Columbo... Pour ce retour que j'espère en force, je voudrais évoquer l'ouvrage Columbo - L'anatomie du crime de Didier Liardet...

 

Le plus célèbre des lieutenants de police de la ville de Los Angeles, au cigare, à l'imperméable élimé, au basset hound et à la Peugeot 403 cabriolet de 1959 fut l'objet d'un certain nombre d'ouvrages qui pour quelques-uns d'entre eux furent écrits et édités en langue française. Parmi eux, Columbo - L'anatomie du crime de Didier Liardet. Historien spécialiste des séries télévisées, il dirige la collection Télévision en séries disponible chez l'éditeur Yris. Auteur entre autres d'ouvrages consacrés aux séries Chapeau melon et bottes de cuir, Amicalement votre et Les envahisseurs, il est donc à l'origine d'un pavé de 336 pages (une nouvelle édition est disponible depuis 2021) entièrement consacré au Lieutenant Columbo, héros de l'une des plus mythiques séries policières américaines. Dans cet ouvrage riche d'informations inédites, de filmographies consacrant celles et ceux qui partagèrent la vedette avec l'acteur Peter Falk, d'images d'archives, de tournages ou de promotions, Didier Liardet remonte aux origines de la série. De ceux qui furent impliqués dans sa création, jusqu'aux acteurs, célèbres ou non, qui enrichirent la plupart des soixante-neuf épisodes que constitue la série. Non seulement l'auteur revient sur la série mais également sur celle qui mit en scène l'actrice Kate Mulgrew, Madame Columbo. Un spin-off qui chronologiquement fut produit entre les deux séries d'épisodes qui furent, elles, séparées d'une dizaine d'années. Accompagné de plus de huit-cent photos majoritairement en noir et blanc, sur papier glacé, Columbo - L'anatomie du crime est un ouvrage indispensable pour tout fan de la série et de son célébrissime lieutenant de police...


Outre de très nombreuses informations que ne connaissent sans doute que les fans purs et durs, l'attrait principal de cette anthologie fourmillant d'anecdotes, provient du fait que Didier Liardet revienne sur le concept même de ce projet de série policière qui à l'époque fut tout à fait atypique. L'auteur consacre une dizaine de pages à Peter Falk lui-même et regroupe enfin sous forme de glossaire tout ce que la littérature a produit en terme d'ouvrages consacrés à la série, de romans ou de novélisations. Pour en revenir au plus gros du projet, soit la revue complète des soixante-neuf épisodes de Columbo et les treize de Madame Columbo, il est important de noter que l'on réservera tout d'abord cet aspect de l'ouvrage aux seuls fans de la série principale et de son Spin-off. En effet, si le résumé de chaque épisode est une évidence dans ce type d'entreprise, il est à noter que Didier Liardet donne très souvent les clés de chaque énigme et refuse donc aux novices la possibilité de découvrir par eux-mêmes la méthode employée par Columbo pour confondre les assassins. On conseillera donc tout d'abord Columbo - L'anatomie du crime à celles et ceux qui connaissent sinon par cœur, du moins relativement bien chaque épisode et l'on conseillera l'ouvrage aux autre une fois chacun de ceux-ci découvert avant tout chose. Précédant la filmographie de chaque interprète, Didier Liardet nous offre son analyse personnelle de chaque épisode. Un moyen de confronter l'avis du fan et du lecteur avec le sien. S'il manque quelques amusantes anecdotes (puisque l'auteur aime comparer les versions françaises et américaines, il aurait pu notamment faire référence à la grossière erreur de chronologie lors du dialogue entre le lieutenant et la bonne-sœur dans le second épisode de la saison quatre intitulé Réaction négative), Columbo - L'anatomie du crime est un ouvrage complet et demeure donc une référence !!!

 

mardi 20 septembre 2022

La montre témoin (Last Salute to the Commodore) de Patrick McGoohan (1976) 🚬 🚬

 


 

Le génie de la série Columbo est sans doute cette idée lumineuse de nous révéler d'emblée l'identité du tueur, forçant ainsi le spectateur non pas à la découvrir mais plutôt comprendre quels seront les ressorts qui permettront au plus célèbre des lieutenants de la police de Los Angeles de mettre le coupable derrière les barreaux. La montre témoin sera pour l'acteur Robert Vaughn (Des agents très spéciaux, Poigne de fer et séduction) la seconde occasion de croiser la route de Peter Falk dans la série, un an après avoir déjà interprété le rôle de l'assassin Hayden Dansigger qui a bord d'un bateau de croisière tua son ancienne maîtresse Rosanna Wells (interprétée par l'actrice Poupée Bocar) qui le faisait chanter dans l'excellent épisode Eaux troubles. Une fois encore, mais dans de moindres mesures, ce nouvel épisode diffusé pour la première fois aux États-Unis le 2 mai 1976 et le 11 décembre de la même année chez nous se déroule sur l'eau. Mais dans le cas présent, exit le luxueux paquebot puisque l'intrigue se déroule en partie à bord du yacht d'un richissime entrepreneur, propriétaire d'un chantier naval d'où sortent régulièrement de somptueux navires. Désavouant son gendre Charles Clay qui aimerait transformer sa société à des fins lucratives, Otis Swanson se retrouve un soir étendu sur le sol de son salon, décédé ! Grimé comme son beau-père, Charles part en pleine nuit se débarrasser du corps en pleine mer tout en prenant soin de se faire remarquer par un gardien de la marina. Transformant ainsi le meurtre de l'entrepreneur en noyade. Une fois le méfait accompli, l'homme part rejoindre son épouse Joanna chez eux...


Robert Vaughn est donc le tueur supposé de ce dernier épisode de la cinquième saison de Columbo. Supposé car le meurtre ayant été commis hors champ, rien ou presque ne vient corroborer le fait que son personnage aie réellement tué son beau-père qu'incarne durant à peine cinq minutes l'acteur John Dehner avant de disparaître sous les flots de la marina. Sa fille, quant à elle, est interprétée par l'actrice Diane Baker que l'on verra notamment dans Voyage au centre de la Terre de Henry Levin en 1959, chez Alfred Hitchcock et dans divers épisodes de séries télévisées comme Les envahisseurs ou comme ici, donc, La montre témoin où elle interprète le rôle de Diane Clay, épouse alcoolique du personnage central de cette affaire plutôt curieuse que va devoir dénouer le lieutenant Columbo. À la réalisation, l'acteur Patrick McGoohan qui non content d'incarner le tueur à quatre reprises dans la série (Entre le crépuscule et l'aube en 1974, Jeu d'identité en 1975, Votez pour moi en 1990 et En grandes pompes huit ans plus tard) mettra lui-même en scène trois des épisodes qu'il interprétera ainsi que deux autres dont cette Montre témoin. Un épisode aussi ingénieux que vicelard dans sa construction puisqu'il ne mènera pas forcément le spectateur sur la bonne piste. Notons que parmi les interprètes l'on retrouve l'acteur Wilfrid Hyde-White que l'on avait déjà pu notamment découvrir dans le rôle du domestique Tanner dans l'épisode situé en Angleterre, S.O.S. Scotland Yard quatre ans auparavant...


Robert Vaughn conserve le ton hautain qu'il avait un an plus tôt tandis que Diane Baker incarne une épouse chancelante et sous l'emprise permanente de l'alcool. Pour la seconde fois après le deuxième épisode de la seconde saison Dites-le avec des fleurs dans lequel était imposée à Columbo la présence d'un flic débutant (Bob Dishy dans le rôle du sergent Frederic Wilson), ses supérieurs lui astreignent celle de Théodore Albinsky (l'acteur Dennis Dugan) qui, selon le sergent George Kramer (l'acteur Bruce Kirby) est flic depuis quarante minutes ! Outre une intrigue qui s'avérera peu passionnante, due à un scénario parfois alambiqué et un final original (façon Agatha Christie) mais peu convainquant, il faut savoir qu'à l'origine La montre témoin était prévu pour être le tout dernier épisode de la série puisque Peter Falk avait pris la décision de mettre un terme au rôle qu'il tenait depuis déjà huit ans. Ce qui aurait été fort dommage puisque par la suite, la série nous offrira quelques pépites lors des sixième et septième saisons avant de s'interrompre pour une dizaine d'années et de réapparaître en 1989. Bien qu'original, La montre témoin s'avère relativement décevant et son dénouement reste parmi les moins prompt à montrer le génie du scénariste Jackson Gillis auquel l'on devra les scénarii de onze épisodes de la série donc Eaux Troubles, Match dangereux, Plein cadre et Double choc...

 

dimanche 6 mars 2022

Tout n'est qu'illusion (Now You See Him…) de Harvey Hart (1976) 🚬 🚬 🚬 🚬

 



 

Chaque fois ou presque, c'est la même chose : entre le lieutenant Columbo et le criminel, l'entente est souvent tout d'abord cordiale. Jusqu'à ce point de rupture où l'assassin finit par s'agacer des apparitions incessantes du célèbre détective dans son quotidien. Et une fois encore, ça ne rate pas dans ce nouvel épisode, cinquième et avant-dernier de l'antépénultième saison de la période NBC. Cette fois-ci, Columbo est confronté pour la première fois à un magicien. Ce ne sera d'ailleurs pas la seule occasion pour le lieutenant de se frotter à un illusionniste puisque dans le premier épisode de la huitième saison intitulé Il y a toujours un truc réalisé par Leo Penn et diffusé pour la première fois le 6 février 1989 sur le territoire américain, on le verra à nouveau face à un magicien du nom d'Eliot Blake, un illusionniste se cachant derrière le supposé don de télépathe. Mais avant cela, Columbo se penche sur le cas d'un certain Jesse T. Jerome (Nehemiah Persoff), le patron d'un cabaret qui emploie le célèbre magicien Santini (référence évidente au célèbre Houdini dont le plus célèbre tour de magie est dans cet épisode, réinterprété). Ce dernier est victime d'un chantage de la part de son employeur qui exige de lui un pourcentage sur ses recettes. En effet, Jerome sait que fut un temps, celui qui se fait appeler Le Grand Santini portait le nom de Stefan Muller, un ancien nazi de la seconde guerre mondiale dont il menace de révéler l'identité si jamais celui-ci refuse de lui verser l'argent. Tout n'est qu'illusion est le quatrième et dernier épisode de la série que réalisera Harvey Hart. En vedette, l'un des interprètes les plus charismatiques de la série en la personne de Jack Cassidy qui intervient pour la troisième fois dans le rôle de l'assassin dans Columbo après Le livre témoin de Steven Spielberg en 1971 et Édition tragique de Robert Butler trois ans plus tard...


Jack Cassidy n'est pas seul à réapparaître dans la série puisque l'acteur Bob Dishy reprend son rôle de policier avec, cependant, un détail intéressant. Alors que son personnage a conservé son patronyme, son prénom n'est plus le même. On passe donc du sergent Frederic Wilson au sergent John J. Wilson. Tout n'est qu'illusion est ponctuellement nourri d'un Running gag fort persistant lors duquel le lieutenant tente d'égarer le nouvel imperméable que son épouse vient de lui offrir (encore un indice qui tente à prouver qu'elle n'existe pas que dans l'imaginaire du lieutenant car sinon, Columbo aurait-il acheté ce nouvel imperméable et se donnerait-il autant de peine pour ensuite s'en débarrasser ?). D'un bleu qui dénote totalement avec le costume habituel du lieutenant et particulièrement étriqué, cet imperméable confirme que seules quelques nuances de couleurs allant du beige au marron siéent au détective de Los Angeles. Concernant l'intrigue, elle se situe presque entièrement dans le cabaret. Entre le bureau de Jerome (un type parfaitement infecte dont la mort ne bouleversera personne), les sous-sols de l'établissement, les cuisines et la salle de spectacle servant également de restaurant et de piano-bar. Si au premier abord le cadre semble aussi étroit que peut l'être le nouvel imperméable bleu du lieutenant Columbo, il ne s'agit en réalité que d'une... illusion...


En effet, bien que l'intrigue se déroule dans des espaces conjointement réunis, Tout n'est qu'illusion propose toute une série de séquences donnant à l'ensemble une réelle vigueur. L'occasion également d'en apprendre quelque peu sur certains tours de magie mais aussi et surtout, de revoir Jack Cassidy qui périra dans l'incendie de sa maison lors de son sommeil l'année même où sera diffusé pour la première fois cet épisode de la série. On notera également la présence de l'excellent acteur Robert Loggia (Scarface de Brian De Palma, Les envoûtés de John Schlesinger) qui ne participera pas à d'autres épisodes et qui dans le cas présent interprète le rôle du chef de salle Harry Blandford. Notons également qu'à plusieurs reprises, le fiancé de la fille de Santini (Cynthia Sikes Yorkin dans le rôle de Della) réinterprète le thème du film Charade que réalisa Stanley Donen et dont le compositeur Henry Mancini fut l'auteur de la bande-originale. Tout n'est qu'illusion est dans la lignée des meilleurs épisodes de cette première période de la série. Voir évoluer le lieutenant Columbo dans un univers relativement éloigné du faste habituel a aussi son charme et sa relation avec Santini permet aux deux acteurs Peter Falk et Jack Cassidy de se confronter pour une dernière fois...

 

samedi 5 mars 2022

Question d'honneur (A Matter of Honnot) de Ted Post (1976) 🚬 🚬 🚬 🚬

 


 

Ted Post, qui réalisa l'année précédente l''épisode Immunité diplomatique revenait sur les écrans de télévision américains en février 1976 avec Question d'honneur (A Matter of Honnot). La série semblait alors prendre une tournure tout à fait originale puisque après s'être intéressé à un meurtre s'étant produit dans une ambassade du Suari (pays imaginaire créé à l'occasion) et bien après l'épisode Eaux troubles dans lequel le lieutenant Columbo enquêtait à bord d'un paquebot de croisière, le plus célèbre des détectives quittait le confort de Los Angeles pour le Mexique où il prévoyait de passer en compagnie de sa fantomatique épouse, des vacances bien méritées. En ouverture de programme, Luis Montoya, célèbre matador à la carrière brisée suite à une blessure infligée par un taureau lors d'une corrida, demande à son ami Hector Rangel (Robert Carricart) de tuer un autre taureau. Celui qui précisément vient d'envoyer son propre fils à l’hôpital à la suite d'un entraînement qui s'est mal déroulé. En fait, un piège puisque le vieux complice, une fois dans l'arène, Montoya lui tire dans la jambe une fléchette tranquillisante. Une fois Hector passablement assommé, Luis Montoya fait pénétrer dans l'enceinte de l'arène le taureau en question qui alors tue Hector. Non loin de là, le lieutenant Columbo s'apprête à rejoindre sa femme à bord de sa célèbre voiture lorsqu'il est victime d'un accrochage avec un habitant du coin. Heureusement pour lui, les autorités interviennent rapidement et parmi elles, le lieutenant Sanchez (l'acteur Pedro Amendariz) qui prend très rapidement en charge Columbo. C'est à ce moment très précis que Sanchez reçoit un appel du quartier général de la police qui lui indique ''l'accident'' qui vient de se produire dans le ranch de Luis Montoya. Le lieutenant Sanchez propose alors à Columbo de l'y accompagner...


Épisode difficile, voire austère, Question d'honneur ne fait pas d'emblée, partie des plus évidents à aborder. Au contexte, Ted Post et le scénariste Brad Radnitz imposent un antagoniste remarquablement fier. Et froid, en la personne de Ricardo Montalban, acteur vedette de la série télévisée L'île fantastique mais également acteur de cinéma puisqu'on le vit notamment dans le rôle principal de Khan Noonien Singh dans Star Trek II : La Colère de Khan que beaucoup de fans de la franchise considèrent comme la meilleure adaptation cinématographique de la célèbre série de télévision de science-fiction éponyme. Plongeant dans un univers emprunt de traditions et de respect, Peter Falk se frotte à un Ricardo Montalban charismatique et parfois glaçant. Le but n'est ici pas seulement de mettre simplement la main sur les éléments de preuves qui permettront au lieutenant Columbo d'étayer sa thèse selon laquelle Luis Montoya est coupable du meurtre d'Hector mais bien de trouver les raisons pour lesquelles l'ancien matador s'est rendu fautif de l'assassinat de son meilleur ami. Un mobile qui cadre parfaitement avec l'aura que dégage d'ailleurs ce dernier, impétueux et fier, droit dans son costume face à un Columbo qui ne tardera pas à l'irriter. De cette certitude qu'ont certains hommes héroïques de jouir d'une impunité comme cela semble être le cas avec ce célèbre matador qui n'exerce plus. Le concept de Question d'honneur repose sur un schéma similaire à celui que proposèrent trois ans en arrière le réalisateur Edward M. Abroms et le scénariste Jackson Gillis et dans lequel un célèbre joueur d'échecs tuait l'adversaire qu'il devait prochainement rencontrer de peur de perdre face à lui...


Ici, c'est donc la découverte hypothétique d'un fait qui pourrait nuire à l'image de Luis Montoya qui le pousse à commettre l'irréparable. À noter que le principe offre toute son originalité à cet épisode puisque contrairement à la la majorité des soixante-neuf qui composent la série Columbo, dans celui-ci les raisons du meurtre ne seront connues qu'à la toute fin de l'épisode, au moment même où le lieutenant lâchera les éléments de preuve qu'il a en sa possession. Quatre ans après l'épisode S.O.S. Scotland Yard qui se déroulait à Londres, en Angleterre, le lieutenant quitte donc les États-Unis pour le Mexique. Il sera notamment confronté au fils de la victime Curro Rangel qu'interprète l'acteur Adolfo Martinez, célèbre dans le monde entier pour avoir incarné le rôle de Cruz Castillo dans le Soap Opera Santa Barbara en 2137 épisodes diffusé chez nous sur TF1 entre 1985 et 1994. Il est amusant de noter que lorsque Luis Montoya regarde une projection d'un vieux combat dans une arène filmé en noir et blanc dont il fut la vedette, il s'agit bien de lui puisqu'en réalité, le document est un extrait du film Santa que réalisèrent Norman Foster et Alfredo Gómez de la Vega en 1943 et dans lequel Ricardo Montalban interprétait déjà le rôle du matador Jarameño. Autre détail intéressant qui n'intéressera en fait que les fans absolus du personnage de Columbo : cinq ans après l'épisode Poids mort de Jack Smight, c'est la seconde fois qu'est offerte l'occasion de découvrir le prénom du lieutenant. En effet, l'un des accessoiristes visiblement très précautionneux s'était chargé d'ajouter un prénom sur la carte de police du célèbre détective de Los Angeles. Un détail que certains s'amusent parfois à exhiber, démontrant ainsi qu'ils connaissent la série et son personnage sous toutes leurs coutures. À noter enfin que lors de la première rencontre entre Columbo et le lieutenant Sanchez, ce dernier affirme que le policier de Los Angeles s'est rendu célèbre au Mexique pour avoir résolu deux mois auparavant, le meurtre d'une chanteuse à bord d'un paquebot de croisière dans un certain épisode intitulé... Eaux troubles...

 

jeudi 10 février 2022

Jeu d'identité de Patrick McGoohan (1975) 🚬 🚬 🚬 🚬

 


 

Nelson Brenner travaille pour la CIA. Mais il est également un agent double et ça, son collègue A.J.Anderson l'a découvert et décide de le faire chanter. Et comme le premier veut garder secret sa double identité, plutôt que de payer Anderson, il décide de l'éliminer. Pour cela, il charge un certain Lawrence Melville de se rendre sur une plage de nuit afin de récupérer un microfilm auprès de A.J.Anderson. Une fois que les deux hommes ont fait affaire, Melville s'évanouit dans la nature tandis qu'apparaît subrepticement Brenner qui assassine alors son ami. Afin de se constituer un alibi irréprochable, Brenner se rend ensuite à son bureau, change l'heure d'une pendule afin qu'elle sonne lors de l'enregistrement d'un document audio qui lui permettra de prouver qu'il ne pouvait être sur les lieux du crime au moment où est mort Anderson. Mais déjà, le lieutenant Columbo est sur l'affaire... Le concept de la pendule (ou de l'horloge) et de l'enregistrement de l'excellent troisième épisode de la seconde saison Le grain de sable (réalisé et scénarisé par Jeremy Kagan) est repris par Patrick McGoohan, auteur de l'histoire originale et réalisateur de ce nouvel épisode intitulé Jeu d'identité (Identity Crisis) et dont l'usage sera inversé et ne servira non plus à faire le jour sur la responsabilité de l'assassin mais au contraire à persuader la police (et en l'occurrence, le lieutenant Columbo) de son innocence...


Vedette incontestée de ce troisième épisode de la cinquième saison, l'acteur et réalisateur irlando-américain Patrick McGoohan (connu à l'origine pour avoir été le héros de la mythique série britannique Le prisonnier) n'en est pas à sa première apparition dans la série. Un an auparavant, il apparaîtra dans l'épisode Entre le crépuscule et l'aube de Harvey Hart, avant de se mettre en scène lui-même dans Jeu d'identité en 1975, Votez pour moi en 1990 et En grandes pompes huit ans plus tard. Trois épisodes de la série qu'il réalisera, au même titre que La Montre témoin en 1976 et Meurtre en musique en 1999, dont il laissera cependant la vedette à Robert Vaughn puis à Billy Connolly. De nombreux détails font référence à la série qui rendit célèbre Patrick McGoohan. Les fans s'amuseront d'ailleurs à noter les dites références, hommages évident au personnage d'espion qu'il incarnait alors. La rigueur presque clinique de Patrick McGoohan qui au fil de ses mises en scène à toujours choisi d'interpréter des criminels relativement froids est ici contrebalancée par une mise en scène qui n'oublie pas certains traits d'humour. Comme lors de cette séquence lors de laquelle le lieutenant Columbo se laisse séduire par une danseuse orientale avant de constater qu'elle louche. Parmi les seconds rôles, nous retrouvons notamment Leslie Nielsen, grande vedette du cinéma (la série de Y a-t-il un flic...) qui quatre ans en arrière interprétait le rôle de Peter Hamilton, compagnon de la criminelle incarnée par l'actrice Susan Clarck dans l'épisode Atente de la première saison...


Otis Young, qui dans le cas présent interprète le rôle malheureux de Melville, est surtout connu pour avoir joué dans la série Les Bannis à la toute fin des années soixante. Il mettra un terme à sa carrière d'acteur au beau milieu des années quatre-vingt. David White (qui joue ici le rôle du grand patron de la CIA Phil Corrigan) est surtout connu pour avoir interprété le rôle d'Alfred Tate dans la série Ma sorcière bien-aimée entre 1964 et 1972. La liste est longue mais l'on retiendra aussi et surtout la courte apparition de l'acteur Val Avery qui apparaîtra dans quatre épisodes de la série dont En toute amitié de Ben Gazzara en 1974 dans lequel il campera le personnage de Artie Jessup, cambrioleur auquel le véritable assassin (Richard Kiley dans le rôle de Mark Halperin) tentera de faire porter le chapeau. Non content d'être interprété par une belle brochette d'acteurs (et dans lequel les femmes y sont malheureux sous-représentées) Jeu d'identité est un excellent épisode dans lequel on retrouve un Peter Falk toujours aussi savoureux. Policier mais aussi... espionnage, une approche si rare dans la série qu'il est bon de le rappeler. Notre lieutenant est confronté non seulement à un tueur/agent double mais également à ses supérieurs. On découvre notamment notre Columbo en mode ''mélomane''. À noter que dans la version française, la conclusion semble moins porter d'intérêt sur l'évocation de la Chine aux futurs Jeux Olympiques que sur le détail sonore qui remettra en question l'alibi du meurtrier. Si en général le dénouement fait partie intégrante de tout bon épisode de la série, on ne tiendra ici rigueur de sa banalité qu'au doublage français. Jeu d'identité n'en demeure pas moins un très bon cru...

 

mercredi 29 septembre 2021

Immunité Diplomatique de Ted Post (1975) 🚬 🚬

 


 

Après une absence longue de.... six mois (ah ouais, tout de même!), il était temps de reprendre l'écriture de ce blog entièrement consacré à notre lieutenant de police préféré avec A Case of Immunity plus connu dans nos contrées sous le titre Immunité diplomatique dans lequel Columbo va se frotter à un assassin un peu particulier en la personne de Hassan Salah que va interpréter l'acteur et réalisateur américain Héctor Elizondo qui comme l'indique son patronyme ne vient pas d'un quelconque pays du Moyen Orient. Il est d'ailleurs intéressant de noter que l'ambassade dans laquelle se situe l'action de ce second épisode de la cinquième saison de Columbo fait référence à un pays imaginaire, sans doute pour ne pas s'attirer les foudres d'un quelconque état du Moyen Orient. Mais passons... Dans Immunité diplomatique, le système fort ingénieux mis en place par le représentant diplomatique Hassan Salah pour tuer le chef de la sécurité de l'ambassade du Suari n'est pas très éloigné de ceux que l'on rencontre dans d'autres épisodes de la série qui font également appel non pas à un tueur unique mais à deux, le second demeurant généralement au second plan. Comme cela sera communément le cas, on devine que le complice ne fera pas de vieux os (Sal Mineo, dans le rôle de Rahmane Habib). Et là encore, le scénario de Lou Shaw d'après une histoire de James Menzies fait preuve d'assez peu d'imagination puisque le moyen employé par l'assassin pour faire croire à un accident ressemblera notamment à celui utilisé par le tueur Jarvis Goodland (Ray Miland) dans le deuxième épisode de la seconde saison de Columbo, The Greenhouse Jungle (Dites-le avec des fleurs)...


Réalisé par Ted Post, l'homme derrière lequel se cache notamment Le secret de la planète des singes en 1970 ou Magnum Force (avec Clint Eastwood) en 1973, Immunité diplomatique n'est donc très clairement pas l'un des meilleurs épisodes de la série. Peut-être cela est-il dû à l'antipathie que l'on peut ressentir dès les premiers instants pour le meurtrier ou pour cette ambiance beaucoup moins joyeuse que lors d'autres rencontres qu'effectua jusque là le lieutenant Columbo. Ted Post réalisera d'ailleurs le quatrième épisode de cette cinquième saison (Question d'honneur) et y imprimera cette même atmosphère. Cet épisode joue sur un élément essentiel qui fait de Hassan Salah un assassin très particulier. Bénéficiant de l'immunité diplomatique, son arrogance n'en est que plus évidente (il faut le voir se montrer méprisant envers Colombo), l’œil torve et allant jusqu'à avouer le meurtre en toute impunité puisqu'il se sait intouchable. Mais c'est mal connaître le lieutenant qui, ne sachant comment s'y prendre de manière habituelle va faire appel au plus haut représentant de l'état du Suari, le roi lui-même (l'acteur Barry Robins). Quelques rares séquences font référence à la ''gaucherie'' dont Columbo est parfois sujet. Dans le cas présent, on le voit notamment poser involontairement le pied sur le vêtement traditionnel porté par le représentant diplomatique. Immunité diplomatique n'est pas chez nous le plus connu des épisodes de la série. Peut-être est-de dû au fait que sa diffusion ait été également moins sollicitée par les chaînes de télévision françaises ?


L'épisode permet une nouvelle fois de confronter Columbo à un individu d'un milieu social auquel il n'aurait sans doute pas eu accès en temps normal. Qu'il s'agisse ici d'un représentant diplomatique ou ailleurs d'un acteur, d'un chanteur ou d'un militaire dont le grade est nettement supérieur à celui du lieutenant, Columbo s'adapte à la situation. Nous noterons également l'intimidation dont il fait l'objet de la part de Hassan Salah qui le menace de protester devant le gouvernement américain si le lieutenant ne cesse pas de le harceler. Une constante dans la série dès lors qu'un meurtrier se sent acculé. Notons que l'acteur Sal Mineo dont le représentant diplomatique tue le personnage de Rahmane Habib sera tué quatre mois pile après la première diffusion de l'épisode sur le territoire américain. En effet, il sera poignardé au hasard par un vagabond toxicomane qui voulait le détrousser. Près de quarante ans après, l'acteur et réalisateur James Franco réalisera le biopic Sal entièrement consacré aux derniers jours de l'acteur disparu à seulement trente-sept ans. Quant aux plus fins observateurs, ils noteront dans Immunité diplomatique, la très courte présence de l'immense Jeff Goldblum dont la carrière avait débuté un an en arrière avec Un justicier dans la ville où il interprétait le rôle d'un voyou. Dans cet épisode de Columbo, il jour celui d'un manifestant...